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« En écrivant un jour, je m’en irais sans avoir tout dit, je n’ai eu le sentiment d’un testament… » Jean d’Ormesson

Il avait choisi en exclusivité Le Journal du Parlement, pour y faire part à la classe politique française de ses sentiments sur la littérature et ceux qui nous gouvernent. Avec toute la finesse et l’esprit qu’on lui connait, Jean d’Ormesson, avait également évoqué le journalisme, le théâtre, mais aussi internet ou les nouvelles technologies.

Politique, littérature, journalisme, théâtre, vous avez même joué dans un film en tant qu’acteur… Quelle est la chose qui vous a le plus amusé dans votre vie ?

La vie m’a amusé. Je n’ai jamais été tenté par la politique, mais il m’est arrivé de jouer le rôle d’une sorte d’observateur engagé. Faire mes débuts au cinéma à un âge canonique m’a enchanté. Et l’expérience du théâtre est grisante, à cause du contact direct avec le public. Mais ce qui a compté avant tout dans ma vie, ce sont les livres et la littérature.

Vous qui avez dirigé Le Figaro, le rôle des journalistes a-t-il changé ? Comment le définiriez-vous aujourd’hui ?

La radio a concurrencé les journaux ; la télévision a concurrencé la radio ; les ordinateurs ont concurrencé la télévision ; les tablettes concurrencent les ordinateurs…Il y aura toujours des journalistes. Mais leur rôle a changé. Les lecteurs de journaux connaissent déjà les nouvelles du jour. Je crois que l’avenir de la presse écrite passe par des analyses plus fouillées et par des commentaires approfondis.

La littérature et les écrivains ont-ils encore une place importante dans la société française ?

En tout cas, plus que partout ailleurs dans le monde… La rentrée littéraire de septembre, puis de janvier, les systèmes des prix, l’intérêt pour les écrivains sont des phénomènes typiquement français. C’est chez nous que les écrivains jouissent du plus de considération. Moins sans doute qu’à l’époque de Proust, de Gide, de Valéry, de Claudel, de Saint-John Perse. Mais, même aujourd’hui, les écrivains tiennent encore une place importante dans la société française.

S’il ne fallait garder qu’un seul livre de vous, lequel souhaiteriez-vous que l’on conserve et pourquoi ?

C’est une espèce de choix de Sophie que vous me proposez ! Mes livres sont mes enfants. Comment choisir entre eux ? Je peux essayer d’en sacrifier quelques-uns mais je ne peux pas descendre plus bas que six entre lesquels je me refuse à choisir : La Gloire de l’Empire, Au plaisir de Dieu, Histoire du juif errant, La Douane de mer, Voyez comme on danse, C’est une chose étrange à la fin que le monde. À quoi il faut ajouter le petit dernier, le plus choyé, objet de toutes les attentions de la famille : Un jour je m’en irai sans avoir tout dit.

Votre dernier ouvrage vient de sortir : Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit…Vous touchez à l’universel et dans le même temps ce récit est très intime. Est ce vraiment votre livre testament ou faut-il ne jamais dire jamais ?

On m’a parfois reproché d’avoir écrit plusieurs fois mon dernier livre et de faire comme la Castafiore, des sorties de scène successives. En écrivant Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit, je n’ai pas eu le sentiment d’un testament. Même s’il tourne autour de notre humaine et mortelle condition, le livre m’a paru plutôt gai et alerte. Il ne faut jamais dire jamais. Si Dieu me prête vie, j’écrirai peut-être encore d’autres livres.

A l’heure d’Internet et des nouvelles technologies qui forcent les politiques à réagir de plus en plus vite, l’essence même de la politique, qui est de prévoir, n’est-elle pas détournée ? Quel message aimeriez-vous leur adresser par l’intermédiaire du Journal du Parlement ?

Gouverner a toujours été difficile. À l’âge d’Internet et des nouvelles technologies, l’essentiel est d’avoir une vision claire du monde où nous vivons, de fixer un but clair aux efforts de tous, de rassembler au lieu de diviser, de prévoir au lieu de subir et de simplifier l’avenir au lieu de le compliquer.

Jean d’Ormesson