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« Nous devons nous réformer pour nous mêmes  »
par Emmanuel Macron

L’Europe peine et a besoin d’investissement : c’est pourquoi j’en appelle aujourd’hui à un New Deal européen. Le contexte économique dans lequel nous vivons l’impose. Il l’impose parce que, depuis plusieurs années, il y a une reprise mondiale, qui est surtout tirée par un moteur, les Etats-Unis, mais nos économies sont encore en situation difficile.
Depuis quelques mois maintenant, les pays émergents peinent aussi, les différentes crises géopolitiques minent la confiance mondiale et l’Europe est en situation d’anémie. Anémie, qu’on retrouve dans les chiffres de la croissance, qu’on observe dans les chiffres de l’inflation. Cela est dû à un contexte de consolidation budgétaire. Cela est dû, aussi, à un contexte où les moteurs de la croissance sont insuffisants et où le besoin d’investissement est fort. La situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui n’est donc pas satisfaisante et nous ne pouvons pas nous en contenter. Le programme d’économies que nous avons lancé est indispensable. Mais nous avons aussi besoin de rénover le pays pour lui-même, de le moderniser, d’en améliorer – pour dire les choses en termes économiques avant de les dire en termes plus concrets – la croissance potentielle.

La zone euro est en situation difficile, mais la France est encore plus en situation de difficulté. Elle a en moyenne une croissance qui est inférieure de 0,4 à 0,5 point par rapport à ses voisins. C’est pourquoi, il est indispensable d’améliorer nos fondamentaux. C’est ce que certains appellent parfois les réformes structurelles. Je n’aime pas tellement ce terme, parce qu’il a été beaucoup galvaudé. Mais c’est un fait : la France a besoin d’être rénovée, ouverte pour elle-même et nous devons intensifier ce travail.
En même temps, nous avons besoin d’investissements. Il faut donc stimuler notre investissement privé. C’est le sens des mesures que nous prenons depuis deux ans, sur lesquelles le Président, comme le Premier ministre, sont revenus ces dernières semaines. Nous avons aussi besoin d’investissements publics. C’est l’objet du plan que le Président Juncker a présenté (ces trois cents milliards d’euros qui seront déclinés en trois ans) et sur lequel nous devons nous battre. C’est ce que j’ai appelé le New Deal européen, cette nouvelle donne. Pourquoi ? Parce que notre capacité à nous réformer pour nous-mêmes doit être un argument pour accroître aussi la pression sur nos partenaires. Et pour éviter le risque de stagnation massive de nos économies, pour éviter d’être coupable vis-à-vis de nos concitoyens et devant l’Histoire, nous ne pouvons pas simplement appliquer des textes qui seraient imposés par d’autres, ou appliquer des règles qui seraient données d’en-haut.

Soyons clairs. Le plan d’investissements ne doit pas être un habillage. Il ne doit pas être de la fausse monnaie, mais un véritable investissement productif, avec des projets rapides et concrets, du vrai capital, de vrais travaux de modernisation chez nous. Il ne doit pas y avoir à ce sujet de demi-mesure. Les travaux ont commencé depuis deux ans : le Pacte de responsabilité et de solidarité, les économies, les premiers travaux de modernisation du marché du travail… Mais nous devons aller plus loin !

La France a trois maladies :

la défiance, la complexité et les corporatismes…

Ces maladies, ce n’est pas avant tout le système fiscal, c’est d’abord un problème de défiance. Ce problème de défiance, je le mesure chaque jour et nous le coproduisons au quotidien parce que les Français ont de moins en moins confiance dans leurs responsables politiques, de moins en moins confiance dans leurs élites. Au final, nous nous faisons de moins en moins confiance. C’est mauvais pour l’économie. C’est mauvais, parce que quand l’un bouge, on lui prête toujours de mauvaises intentions ou des sous-entendus. Et lorsque le cercle de la défiance s’est installé, on n’avance plus ensemble. On l’a vu par exemple pour le CICE : il y a encore des débats pour dire que cet argent est mal utilisé. Il faut donc créer les conditions de la transparence pour traiter ce problème, mais la défiance bloque notre économie.

Ensuite, il y a un problème de complexité. Thierry Mandon est aux avant-postes sur ce front. Nous avons construit notre Histoire par la norme.

Nous adorons les lois. Nous adorons les décrets, nous adorons les textes, parce qu’on a l’impression que les choses iront mieux lorsqu’on prendra un texte de loi. C’est souvent vrai et historiquement, la « loi a protégé le faible », comme le dit l’adage. Mais lorsqu’on a trop de normes, lorsqu’elles s’accumulent, lorsqu’elles changent en permanence, c’est mauvais, là aussi, pour l’économie et c’est mauvais pour les plus faibles, c’est mauvais pour les plus fragiles. En revanche, les grands groupes vivent très bien avec la complexité française, parce qu’ils peuvent se payer des armées de juristes.

Enfin, l’une de nos maladies, est ce que j’appellerai les corporatismes, et là, nous en faisons tous partie. Ce sont des intérêts particuliers. Et il y a des moments de l’Histoire, où les corporatismes capturent trop l’intérêt général et c’est la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Ces corporatismes empêchent l’énergie de circuler dans l’économie.

Et c’est pourquoi, si nous voulons réussir à rénover notre économie et notre société, nous devons essayer d’apporter des remèdes à ces trois sujets.

Faire confiance, simplifier massivement et retrouver le sens de l’intérêt général

D’abord, faire confiance. Faire confiance, cela veut dire être transparent. Il ne doit pas y avoir de débat interdit, on ne doit pas caricaturer les débats difficiles, on ne doit pas les « hystériser », mais on doit, de manière responsable, dans l’intérêt de tous, en discuter pour trouver les solutions adéquates. Et chacun des instruments proposés se doit d’être transparent, parce que c’est la condition de cette confiance. J’y veillerai pour le CICE, le Pacte de responsabilité, mais toutes les mesures que nous décidons de porter doivent répondre à ce postulat.

Ensuite, la simplification. La simplification massive, celle que nous avons commencée depuis plus de deux ans, ne doit pas être un travail de Pénélope. C’est-à-dire que si l’on continue à complexifier, quand d’un autre coté et d’une autre main, on simplifie, cela ne marche pas. Il faut donc qu’on soit ambitieux en termes de simplification et qu’elle soit visible pour tous. Cela signifie  moins de documents, moins de textes, moins de déclarations, moins de contraintes, plus de rapidité. La rapidité est vitale dans nos économies !

Et enfin, retrouver le sens de l’intérêt général. Cela veut dire avoir un dialogue et un débat permanent, dans l’intérêt de tous. Et c’est pourquoi, ces premières réflexions sont le fruit d’un travail collectif que j’ai commencé avec mes collègues et il est autant porté par Christiane Taubira, Marisol Touraine, Ségolène Royal, Alain Vidalies, Thierry Mandon, Bernard Cazeneuve que moi-même. L’enjeu, c’est qu’il ne soit, à aucun moment, repris par des corporatismes.

Et donc, pour sortir de cette troisième maladie et retrouver le sens de l’intérêt général, ce qui est important, c’est d’essayer au maximum de donner une voix à ceux qui n’ont pas de représentation et c’est cela ce dont notre économie a besoin aujourd’hui. Ce sont les plus jeunes, ceux qui n’ont pas de droits et qui voudraient accéder au transport, au logement, à un travail, ceux qui voudraient innover, ceux qui voudraient travailler plus, ceux qui voudraient investir, qu’ils puissent le faire plus facilement parce que ce ne sont pas des intérêts constitués. C’est une kyrielle de petites choses très concrètes qu’il faut modifier pour eux et c’est pourquoi la solution à nos problèmes est entre nos mains.

Alors pour ce faire, il n’y a pas une grande mesure, il n’y a pas une grande réforme, parce que cela n’existe pas. Il y a des mesures concrètes qui concernent de nombreux secteurs, afin de débloquer, de rénover en profondeur notre économie et notre société.

Cette loi comportera trois volets :

libérer, investir, travailler…

Libérer parce que, nous avons besoin d’ouvrir certains secteurs, de faciliter l’accès de certaines professions aux plus jeunes, aux plus démunis, à ceux qui voudraient faire plus, aller plus loin, bouger.

Ensuite, investir, parce que, pour le plan d’investissement européen, nous pouvons mieux investir sur le plan public et privé en France et il y a des mesures là aussi de simplification et de déblocage.

Enfin, travailler, parce qu’avec François Rebsamen, nous devons là aussi simplifier des dispositifs de notre marché du travail, simplifier des règles existantes, les rendre plus claires, plus lisibles, plus réelles et moins formelles.

Libérer :

l’exemple du secteur des autocars

Libérer donc. Je veux prendre un exemple, celui des autocars. Aujourd’hui, il est impossible de faire un Paris-Strasbourg en car, si l’on n’a pas pris un ticket pour un Paris-Varsovie, par exemple, qui s’arrêterait par Strasbourg. Pourquoi ? Parce qu’il y a trop de normes et parce qu’on a protégé, ce qui était légitime, notre secteur ferroviaire.

Désormais,  nous sommes prêts à ouvrir ces lignes aux autocars, car on pourrait ainsi créer plusieurs milliers d’emplois. Il est aujourd’hui infinitésimal en France.

Cette réforme est bonne pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer dans les transports en commun, parce que le train est trop cher. Il y a là, à la fois une mesure de justice, mais une mesure d’efficacité et un potentiel d’activité dans le secteur qui est réel pour notre croissance.

C’est un nouveau pan de notre économie qui s’ouvre.

Libérer :

les professions réglementées du droit

>Pour libérer, il y a aussi le fameux sujet des professions réglementées. Cette ouverture est emblématique de l’esprit que je veux porter pour cette loi, car on ne peut pas dire qu’on va restaurer la confiance si l’on attaque une catégorie de Français en disant que c’est en les « assassinant » que le reste de la population vivra mieux.

Il faut donc regarder de manière très pragmatique ce qui marche et ce qui ne marche pas dans nos professions réglementées qui sont une kyrielle de métiers extrêmement différents. C’est un fait : il y a des blocages. Ceux-ci ne sont pas une fatalité, mais il faut les traiter, parce que ces professionnels ont aussi été aidés par des mesures comme le CICE.

Alors, avec Christiane Taubira, nous avons décidé de ne pas revenir sur l’exclusivité des tâches – par exemple, en termes d’actes authentiques – que les notaires détiennent. Parce que personne ne m’a démontré l’efficacité d’une telle remise en cause. Par contre, nous pouvons simplifier résolument leurs conditions d’installation. Il y a donc un travail en cours pour réduire très fortement le nombre de règles et ouvrir ces professions, en particulier aux jeunes.

Ensuite, l’idée est de leur permettre de mieux s’organiser entre elles. Pour ce faire, nous allons d’abord favoriser les critères d’inter-professionnalité, en particulier dans les métiers de l’exécution du droit : huissiers, administrateurs, mandataires, commissaires. Nous allons simplifier leur fonctionnement pour qu’il y ait plus de passerelles et que l’offre sur le territoire, ainsi que la concurrence entre ces professionnels puissent être accrue. Je veux tuer les phantasmes… Il ne s’agit pas de financiariser ces professions du droit, d’y faire entrer des capitalistes affreux, mais de leur permettre d’ouvrir leur capital entre eux. Ensuite, mon objectif est de faire évoluer les tarifs, de telle sorte qu’ils reflètent mieux les coûts réels. Enfin rajeunir la profession.

Libérer : les professions réglementées de la santé (pharmaciens et dentistes)

Pour ce qui est des professions réglementées de la santé, là aussi les blocages sont perçus, identifiés. Le manque d’ouverture du capital, en particulier dans les pharmacies, rend problématique la capacité à investir, parfois à se regrouper. Pour les plus jeunes, il peut être compliqué d’accéder aux responsabilités suffisamment tôt et cela pose ensuite des problèmes en termes de transmission. Les conditions d’installation aujourd’hui obéissent à une douzaine de règles pour ouvrir une pharmacie ou la transférer par exemple : c’est affreusement compliqué. Ensuite, certains coûts de prothèses auditives ou dentaires sont aujourd’hui insuffisamment explicites et nous avons là aussi de manière très concrète, une modernisation à faire, une transparence à donner.

Alors, pour ce faire, avec Marisol Touraine, nous avons émis des propositions qui ont commencé à être discutées avec les professionnels de santé, une simplification massive des conditions d’installation des pharmaciens. Il ne s’agit pas de supprimer toutes les règles. Mais avec deux ou trois règles, sans contrôles excessifs par les administrations, on peut faire mieux, plus simple, plus vite pour le territoire. Nous pouvons mieux faire, également, en ouvrant le capital entre les professionnels, là aussi, et en leur permettant de mieux s’organiser sur Internet, parce qu’aujourd’hui les critères sont très rigides. Un pharmacien doit pouvoir vendre plus facilement des médicaments sur Internet, parce que c’est aussi un bon service.

Enfin, la transparence sur le coût des prothèses doit être accrue, parce qu’il est impératif d’expliquer de manière plus fiable aux consommateurs ce qu’ils payent et pourquoi. Nous avons décidé que ces mesures seraient intégrées dans le projet de loi santé pour deux raisons. D’abord, parce qu’il y a un véhicule législatif qui permet ces mesures de simplification ; ensuite, parce que, compte tenu de la sensibilité de ce que représente la santé dans notre pays, il est plus efficace que ces mesures soient portées par la Ministre en charge de ces dossiers, dans un esprit de concertation avec les professionnels concernés.

Voici donc la philosophie, l’esprit, les mesures concrètes que je souhaite qu’on puisse mettre en œuvre sous l’autorité du Président de la République et du Premier ministre pour libérer l’activité dans notre pays.

Emmanuel Macron