LE JOURNAL DU PARLEMENT : 1646-2026 l’histoire écrite par ceux qui la font…
Historien,
Docteur et Agrégé d’Histoire,
Ancien Professeur Associé
à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris,
Doyen (h) du Groupe Histoire-Géographie à l’Inspection générale de l’Éducation nationale
En cette année 2026, année du Cinquantenaire de la disparition d’André Malraux, qui a été inscrite à l’Ordre des commémorations sous le patronage du Président de la République, il est également un autre anniversaire, celui du Journal du Parlement, auquel ont collaboré les plus hautes personnalités du monde politique…
Considéré comme l’un des doyens de la presse et l’une des plus anciennes publications toujours existantes, Le Journal du Parlement qui fête en 2026 son 380ème anniversaire, apparaît comme la publication qui a, depuis toujours, accompagné l’Histoire de notre pays. Descendant de La Gazette de France de Théophraste Renaudot, comme l’avait rappelé la Présidente de l’Association des Amis de Théophraste Renaudot, Le Journal du Parlement « offre une histoire du Parlement de Paris depuis le 16 avril 1646 jusqu’à janvier 1653 ; il s’inscrit ainsi dans les mazarinades, tout en reproduisant les débats et les arrêts rendus par le Parlement. Il apparaît comme la première publication officielle consacrée aux débats parlementaires » précise, pour sa part, l’historien Jean Sgard.
Cette présence, initiée en 1646, qui va traverser les siècles, est toujours rattachée aux événements qui ont façonné notre pays et elle contribue à mettre en lumière les soubresauts auxquels a eu à faire face le monde politique d’hier à aujourd’hui.
L’historienne Marie-Noëlle Grand-Mesnil a, pour sa part, mis en lumière la période consacrée aux années 1648-1649. Elle rappelle en effet que : « La première révolte de la Fronde fut celle du Parlement. À la suite d’édits fiscaux excessifs et après des remontrances infructueuses auprès du Roi, le Parlement se joignit aux autres Cours souveraines dans la chambre Saint-Louis et élabora un Plan de réformes en 27 articles, que la Reine dut accepter par la déclaration du 13 juillet 1648. De cette période reste un compte-rendu complet et assez exact, rédigé par un greffier du Parlement : Le Journal du Parlement, qui fut publié jusqu’à la fin de la Fronde ».
Visiblement, les difficultés financières étaient déjà à l’ordre du Jour de l’Assemblée, qui ne sont décidément pas sans évoquer les problèmes d’actualité que nous traversons…Rappelons aussi une note écrite sur la marge du manuscrit autographe de Saint-Simon, ainsi libellée : « le fait rapporté par Dangeau est vrai, je viens de le vérifier sur le Journal du Parlement ».
Mais c’est bien sûr Quai de Conti, que le Journal a laissé sa première marque dans l’Histoire… Maurice Druon, tout juste élu au Secrétariat perpétuel de l’Académie française, recevant le Directeur du Journal du Parlement, lui avait en effet rappelé que dans la première édition du célèbre dictionnaire (1794) était donné, à titre d’exemple et d’illustration, Le Journal du Parlement, pour définir le mot Journal.
L’un des contemporains du père des Rois Maudits, Claude-Henry Leconte, figure incontestée du monde de la presse, correspondant de guerre sur le front d’Italie, à la demande du Général de Gaulle et d’Eisenhower, puis Rédacteur en Chef de Radio-France et Président d’honneur des Journalistes européens, reprit le Journal sous la IVème République.
Ses recherches l’amenèrent à relever plusieurs changements de nom au cours de l’Histoire, le titre se modifiant notamment durant la Révolution française pour devenir Le Journal des États Généraux, dirigé par Mirabeau, puis Le Journal de l’Assemblée nationale lors des élections de 1848, avec le soutien du Journal apporté officiellement à Victor Hugo et ce, avant de redevenir Parlement sous le Second Empire…
Après des parutions sous la IIIème République, le titre sera donc réinstitué sous la IVème, sous le nom définitif de Journal du Parlement, avec Claude-Henry Leconte comme Président du Conseil de Rédaction, poste qu’il conservera sous la Vème République.
Auteur de plusieurs ouvrages, ami de Camus et d’Aragon, Directeur au Journal Combat, Président du Comité des Intellectuels Européens, Conseiller spécial du Président de la Générale Occidentale et considéré comme l’un des plus importants journalistes de son époque, il construisit la nouvelle formule du Journal et de ses suppléments, avec l’actuel Directeur de la Publication qu’il avait choisi pour lui succéder.
À sa disparition, salué comme l’un des grands témoins de notre siècle par la Ministre de la Culture Catherine Trautmann, reconnu par le Figaro et France Info comme « l’un des plus fins connaisseurs de la vie politique française », ce fut lui qui donna à la publication sa célèbre couleur par laquelle il continue à être appelé, notamment dans les Ministères, Le Journal bleu. En effet, la qualité du papier étant médiocre à l’issue de la guerre, avec ce que l’on appelle des traces de bois, il décida de faire teindre ses stocks. S’entretenant de cette idée avec son ami, le Président Edgar Faure, celui-ci lui répondit non sans humour : « n’ayez crainte, le bleu fera bonne impression ! ».

Plus tard, le Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, lui décernera l’Ordre des Arts et des Lettres pour son action à la tête du Journal du Parlement. À sa disparition, l’Observatoire de l’Édition et des Papiers de Presse, mettra en Une son nom comme une figure de la presse française, ainsi que sa nomination à la Vice-présidence du Comité des Intellectuels Européens, dans le prolongement des activités de son prédécesseur…
Aujourd’hui, Le Journal du Parlement reste attaché à faire raconter l’Histoire par ceux qui la font, au travers de grands entretiens ou en ouvrant ses colonnes pour permettre au monde politique de rédiger directement ses analyses et commentaires, fournissant ainsi, de fait, un terreau sans équivalent pour la recherche.
À son propos, Nicolas Sarkozy écrivait : « Je connais la qualité de vos parutions et la rigueur de vos études qui permettent, depuis des années à votre organe de presse, de bénéficier de la confiance du monde politique et économique… ».
Celui-ci, à quelques mois de son élection à la Présidence de la République, avait d’ailleurs salué la nouvelle formule du Journal, soulignant qu’elle maintenait son exigence de qualité par ses substantiels articles d’information sur la vie parlementaire et les grands thèmes politiques et économiques qu’elle aborde. C’est dans cet esprit qu’a été initiée la réalisation du Livre blanc de la Vème République, réunissant les grands textes publiés en exclusivité par le Journal.
Car a été mis successivement en place au fil du temps une édition nationale, conservant le célèbre papier bleu de ses origines, ainsi que des magazines regroupés en collections de dossiers couvrant les différents champs de l’actualité politique et offrant, notamment, un panorama des départements, communautés de communes et régions de France.
À cela, il convient d’ajouter des Rapports d’étapes et des Focus thématiques, le tout formant une véritable bibliothèque sur des dizaines de milliers de pages.
En 2017, à l’occasion de l’exposition des Nations unies dédiée aux « Unes » emblématiques de la presse francophone, c’est le Président de la République François Hollande et la Directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, qui ont découvert le premier numéro du Journal du Parlement, exposé dans la vitrine des pères de la presse.
Comme le rappelait le collectionneur Alain Schott, fondateur d’Info-matin et organisateur de l’exposition à l’Unesco : « L’Office de Presse parlementaire nous prête le premier exemplaire du Journal du Parlement de Paris, datant de 1648, qui est la première des publications officielles consacrées aux débats parlementaires ».
Il convient en effet de rappeler qu’auparavant, en 1646, le Journal ne rendait compte que « des principales audiences du Parlement avec les arrests intervenus en icelles » et avec des « parutions à intervalles irréguliers »…
Enfin, à l’occasion du 375ème anniversaire de la première publication du titre, un numéro Collector a été édité, sous le patronage du Comité de l’Europe pour les Études et Informations parlementaires, réunissant certains des grands entretiens parus en exclusivité dans le Journal du Parlement avec, notamment, François Hollande, Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, George W. Bush, Colin Powell, Mikhaïl Gorbatchev, Shimon Peres, Al Gore, Tony Blair, Romano Prodi et d’autres personnalités de premier plan.
C’est donc cette masse de documents qui s’inscrivent comme autant d’outils d’analyses pour une bonne compréhension des évolutions et des mutations de notre République qui, sans nul doute, contribuent à faire du Journal du Parlement, dans ses différentes déclinaisons, un témoin historique de son temps, permettant, dès lors, de mettre en perspective hier avec aujourd’hui, reprenant ainsi la célèbre formule de Malraux : « l’avenir est un présent que nous fait le passé »…

Deux personnalités du monde des médias

Ce sont deux personnalités symboles d’une époque qui se sont succédées à la tête du Journal du Parlement.
Claude-Henry Leconte, ancien Rédacteur en Chef de Radio France, écrivain, puis Président d’honneur des Journalistes européens, qui en fit une publication de référence sous la IVème et la Vème République, en sachant s’entourer des plus belles plumes de son époque. Il nomma comme Rédactrice en Chef, une jeune journaliste Madi Testard, à une période où les femmes n’occupaient pas souvent ce type de poste, qui devint Présidente du Conseil de Rédaction et Membre de la Presse Présidentielle.

Après lui, Alain Taupinart de Tilière, à qui il avait transmis le flambeau, donna au titre un réel essor en procédant au renouveau de la publication, qu’il fit entrer à l’ère numérique, mais aussi avec de nouvelles déclinaisons éditoriales qui seront reprises et amplifiées par la suite.
Salué par Alain Malraux, en tant que Président de la Commission Malraux et par l’Observatoire de l’Édition et des Papiers de Presse comme une figure de la Presse française, ce fut également un homme de communication, fondateur de deux Groupes de presse, attaché au monde de l’art (il fut notamment Expert auprès de l’Union française des Experts en antiquités et objets d’art) et défenseur de la francophonie. Le souvenir de l’un comme de l’autre restera indissociablement lié au Journal.