Vous êtes ici > Accueil > Vie des entreprises > H2V
Alexis Martinez
Alexis MartinezDirecteur général d'H2V

H2V : L’Hydrogène vert à la Une

On connaissait l’hydrogène gris, l’hydrogène bleu et aujourd’hui on entend parler d’hydrogène vert… De quoi s’agit-il ?

Jusqu’à présent, l’H2 était fabriqué à partir de sources d’énergies fossiles – méthane et charbon – par vaporeformage, aboutissant à l’hydrogène gris, voire à l’hydrogène bleu s’il y a capture de CO2. C’est encore aujourd’hui l’axe de développement de certains groupes. Mais chez H2V, nous avons d’emblée fait le choix de l’hydrogène renouvelable, par électrolyse de l’eau. Ce procédé électrolytique, que tout le monde connaît pour l’avoir étudié à l’école, décompose l’eau (H2O) en dioxygène et dihydrogène gazeux grâce à un courant électrique. Sa fabrication et son utilisation ne dégagent aucune pollution, aucune particule fine, ni d’oxyde d’azote, ni bien sûr de CO2. Pour vous donner une idée, une usine de 200 mégawatts rejette autant d’oxygène que 10 millions d’arbres et permet d’avitailler pas moins de 2 500 camions par an. La certification du processus dépend de l’origine du courant… s’il est issu du réseau, nous obtenons un hydrogène bas carbone et s’il s’agit d’électricité dite renouvelable, on sécurise alors des accords d’achats longs termes, des PPA (Power Purchase Agreement) : ces contrats de gré à gré entre un producteur d’EnR et un consommateur d’énergie. La régulation et le labelling de cet hydrogène s’inscrit actuellement au cœur des discussions, sachant qu’en France, les Pouvoirs publics souhaitent attribuer le Label renouvelable à l’électricité d’origine nucléaire. En tout état de cause, on pourra se connecter au réseau, à de l’éolien ou à des champs solaires, en fonction des besoins du client par rapport à sa consommation finale, mais aussi en fonction des contraintes fiscales et règlementaires.

Et concernant les applications ?

Aujourd’hui, l’hydrogène est utilisé dans l’industrie, notamment dans la raffinerie de pétrole pour éliminer le souffre, mais aussi dans la chimie et la métallurgie. En France, on utilise 1 million de tonnes d’hydrogène gris par an. Demain, il y aura lieu de substituer par un hydrogène renouvelable. Cependant, son utilisation va s’étendre à d’autres applications, en substitution du gaz ou du charbon, comme la sidérurgie, avec Arcelor, par exemple, qui a annoncé le développement d’une nouvelle filière de fabrication de l’acier par réduction directe (DRI), dont le processus de décarbonisation pourra s’effectuer dans leur site de Dunkerque.

On pourra aussi recourir à l’H2 renouvelable comme carburant dans la mobilité lourde en remplacement, à terme, du gazole. On estime qu’à l’horizon 2030, 60 000 camions européens seront passés à l’hydrogène.

On pourra également employer l’H2 pour le transport fluvial et ferroviaire. Rappelons qu’Alstom a développé des trains 100% hydrogène, notamment en Allemagne.

Enfin, on peut exploiter l’hydrogène renouvelable pour la confection des e.carburants pour le transport aérien qui impose désormais l’emploi progressif d’une portion de carburants de synthèse. Les premiers projets massifs en la matière devraient sortir de terre à la fin de la décade.

Certes, c’est un long cheminement qui s’annonce, mais l’hydrogène s’impose incontestablement, comme une solution long terme pour la mobilité lourde, parce qu’il permet une large autonomie et la manière dont on veut le produire nous rendra compétitifs.

H2V s’est imposé comme un pionnier en se lançant dès 2016 dans la production massive d’hydrogène renouvelable…

Le Groupe Samfi Invest est détenu par Alain Samson, un entrepreneur normand qui, très tôt, a développé des activités dans les parcs éoliens Samwind et les parcs solaires Samsolar. Il avait déjà une vision précise de l’évolution du marché des EnR. Aussi, détenant en parallèle les transports Malherbe, il a immédiatement identifié les besoins futurs de la décarbonation de la mobilité lourde. Avec un parc plus de 1300 camions, il a été immanquablement un pionnier de la promotion de la décarbonation. Et c’est donc en 2016 qu’il a lancé H2V, le but étant d’avoir un effet d’échelle, de produire massivement pour obtenir l’hydrogène le plus compétitif possible. A ce moment là, peu de personnes en parlaient si ce n’est à travers quelques démonstrateurs, ces petits électrolyseurs qui offrent des niveaux de production assez faibles et des coûts de revient très élevés. Visionnaire, il a cru en cette aventure et a immédiatement entrepris deux projets majeurs, celui de Port-Jérôme, que nous avons cédé en fin d’année dernière à un leader du secteur et celui de Dunkerque, pour lequel nous allons bientôt recevoir le permis d’autorisation d’exploiter. Je tiens cependant à préciser que l’ensemble de ces développements a été réalisé sans un euro d’argent public ! H2V, qui anticipe aujourd’hui pour répondre aux besoins énergétiques de demain, a grandi uniquement sur les fonds de la société et de ses fondateurs.

L’hydrogène renouvelable peut-il, selon vous, à lui seul, résoudre la crise énergétique ?

L’hydrogène renouvelable pourrait représenter à l’horizon 2050 et selon les études entre 12 et 15% du mix énergétique. L’hydrogène ne peut donc résoudre, à lui seul, les questions de la dépendance énergétique et son développement implique d’activer tous les leviers. Sachant que pour produire de l’hydrogène, il faut pouvoir bénéficier d’électricité en quantité, cela signifie qu’il faut relancer le programme nucléaire, démocratiser les parcs éoliens on shore ou off shore, mais aussi l’activité solaire. Tout cela s’inscrit en droite ligne avec le projet de loi actuellement en préparation pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables en France. Cela implique de promouvoir en parallèle la sobriété énergétique. Et nous devons mener bataille collectivement ! De plus, la singularité d’H2V est liée à sa volonté d’inscrire l’hydrogène au cœur des territoires, un hydrogène renouvelable compétitif. Car il est impératif de ne pas substituer une dépendance aujourd’hui par une nouvelle dépendance demain. Il suffit pour s’en convaincre de constater les dégâts avec le gaz russe. C’est pourquoi la politique du Gouvernement français de favoriser la production sur le territoire est la bonne approche, comparée à celle de l’Allemagne qui a opté pour des importations massives.

La Citepa indique que le coût de l’hydrogène gris est d’environ 1,50€ par kilo dans l’UE, versus 2,50 à 5,50€/kg pour l’hydrogène renouvelable… Comment faire baisser les coûts ?

Le coût de l’hydrogène gris n’est pas basé sur le coût du gaz aujourd’hui. La référence d’1,50€ ne colle pas. L’hydrogène bas carbone coûte entre 4 et 4,50€ le kilo, le renouvelable est plutôt aux alentours de 6€ le kilo. Sur ce point la fourchette est celle annoncée par le Citepa. Mais il est possible de faire baisser le coût de l’hydrogène quand on est capable de connecter une source de fabrication d’énergie renouvelable type photovoltaïque directement aux électrolyseurs, sans passer par le réseau. On obtient alors un prix très intéressant, mais pour 2000 heures/an environ quand les besoins des industriels sont de… 8000 heures ! Et quand on sait que l’électricité représente 70% du coût, il y a donc lieu, logiquement, d’abaisser le prix de l’électricité, c’est-à-dire avoir plus de production et moins de pénurie.

La deuxième chose à faire pour réduire les coûts est de travailler sur la mise au point d’électrolyseurs moins gourmands en énergie et moins chers dans le cadre de site de production de plus en massifs pour faire jouer à plein les économies d’échelle.

La troisième chose à faire est de bâtir des infrastructures de stockage. Il faudra alors profiter du moment où l’électricité est moins chère pour produire le plus d’hydrogène. C’est le cas du solaire où le mix électrique dans la journée est, de facto, plus favorable que la nuit. Dès lors, il existe pléthore de solutions pour rendre l’hydrogène plus compétitif : le sourcing elec (la manière dont on est connectés à source électrique), la production en amont d’électricité, les processus de fabrication et les moyens de stockage. On en est au tout début de l’aventure et les marges d’amélioration sont immenses ! D’ici à 10 ans, la consommation des électrolyseurs devrait se réduire de 15%. Dans ce cadre, les nouvelles technologies constituent une solution d’avenir pour réduire la consommation d’électricité, mais aussi limiter la consommation d’eau. Car l’eau est, de fait, aussi un vrai sujet. D’ailleurs, la société Genvia a conçu un procédé d’électrolyse haute température, non plus à partir d’eau, mais à partir de vapeur d’eau, ce qui réduit les prélèvements dans l’écosystème et abaisse également la consommation d’électricité.

La question des coûts est-elle le principal frein à son développement ?

Je ne vois pas d’obstacle majeur au développement de l’hydrogène au-delà des questions liées à la compétitivité et à l’utilisation de l’eau. Sur ce dernier point, il s’agit d’en consommer moins et d’en ré-utiliser un maximum dans le cadre de l’économie circulaire. C’est surtout une question de bon sens. On peut très bien par exemple rapprocher une usine de fabrication d’hydrogène avec une station d’épuration, en réutilisant à la fois l’eau chaude et l’oxygène qu’on produit.

Êtes-vous satisfait du Plan hydrogène de la France, mais aussi des dernières annonces d’Ursula von der Leyen qui confirme un investissement de 3 milliards d’euros en faveur de la filière ? La “stratégie hydrogène” est-elle la bonne ?

C’est un effort financier considérable de la part de l’Europe et de la France pour développer la filière. Ces annonces s’inscrivent dans le bon sens. Néanmoins et on le regrette, c’est que ce soit systématiquement les grands Groupes qui en bénéficient et non les ETI qui, pourtant, ont un rôle essentiel à jouer. Je m’interroge également sur la pertinence du soutien massif au projet de capture de carbone. D’un point de vue écologique d’une part, parce qu’il va falloir capter et stocker du CO2 et que rien ne nous garantit qu’il ne s’échappera pas un jour et d’un point vue économique d’autre part, car compte tenu du prix du gaz, cela a-t-il du sens de s’acharner à vouloir récupérer du carbone par rapport à une filière qui utilise massivement du gaz ? La filière renouvelable qui est la nôtre nous paraît beaucoup plus pérenne à moyen et long terme. Enfin, concernant l’aide de 3 milliards d’euros que vous évoquiez, on n’a aucune visibilité : est-ce des fonds qui existaient déjà ou des fonds nouveaux ? Cela reste sibyllin. Affaire à suivre !

Le Vice-président du Conseil de surveillance d’H2V, Gérard Mestrallet, indique que les projets que vous menez “s’inscrivent parmi les plus grands et les plus matures au monde“…

H2V porte en effet des projets d’envergure permettant de produire massivement de l’hydrogène renouvelable et de le distribuer via Distry, un réseau de stations-services maillant le territoire. Ceux évoqués par Gérard Mestrallet sont les projets de Normandie et de Dunkerque que j’évoquais tout à l’heure. Celui de Normandie, à Port-Jérôme, st un projet d’installation d’hydrogène renouvelable de 200 mégawatts, qui a pour but de décarboner les processus de raffinerie de la vallée de la Seine pour Total et Esso. Il s’agit de la première gigafactory à avoir obtenu l’autorisation préfectorale d’exploiter, en janvier 2022.

Le deuxième projet, de 200 mégawatts, est situé sur le port de Dunkerque, à proximité de centres logistiques et d’industrie fortement consommatrices de H2 renouvelables. Pour celui-ci, nous avons passé le cap de l’enquête publique. Nous avons eu le retour du Commissaire enquêteur et nous allons passer au vote du CODERST au mois de novembre. Nous espérons obtenir l’autorisation d’exploiter en début d’année prochaine. Ce sont actuellement les deux réalisations les plus emblématiques, mais le monde bouge et d’autres avancées ne manqueront pas de voir le jour…

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la H2 Académie ?

Parce que le développement de l’hydrogène dans les territoires passe par le développement des compétences, H2V et Caux Seine Agglo ont mis sur pieds un programme de formation spécifique. Ce travail s’est concrétisé par le lancement en septembre 2021 d’une promotion de BTS maintenance des systèmes industriels à coloration hydrogène, à même de former les techniciens de demain. D’autres industriels ont depuis rejoint l’initiative et l’ensemble de ces acteurs s’est associé pour construire en Normandie un vaste campus consacré à tous les métiers du secteur.  Nous sommes amenés à intervenir également dans le Tarn, du côté d’Albi, mais aussi à Thionville. Notre objectif est d’apporter tout à la fois notre contribution technique et académique. Nous travaillons main dans la main avec les partenaires locaux, les autorités, les départements, les collectivités et les communes pour leur offrir un support solide. Nous veillons à nous inscrire au cœur des territoires et œuvrons d’un bout à l’autre de la chaîne, car en tant qu’acteur de la transition énergétique et de la décarbonation, nous sommes devenus incontournables !

Ann-Katrin Bureau Jégo
Ann-Katrin Bureau JégoDirectrice des Relations institutionnelles d'H2V

Qu’attendez-vous concrètement des Pouvoirs publics ?

H2V ne fait pas partie des acteurs industriels qui se plaignent de la lenteur administrative, au contraire, nous considérons qu’il est indispensable de travailler ensemble, donc d’être transparent sur le montage de nos projets. Nous l’avons d’emblée constaté, notre premier projet, qui a obtenu l’autorisation d’exploiter pour 20MW en Normandie, a été porté par la dynamique de l’ensemble des acteurs locaux, services de l’État, élus et associations. Les phases de concertation favorisent l’acceptabilité des projets, donc leur bonne réalisation. Les élus rendent des comptes à leurs administrés, ils sont les aménageurs de leur territoire, il est par conséquent normal qu’ils portent un regard attentif sur nos projets.

Par contre, nous appelons de tous nos vœux à davantage de stabilité règlementaire, dans un secteur aussi innovant que le nôtre, les changements de braquets sont un véritable frein à l’investissement privé. Et plutôt qu’une instruction accélérée des dossiers, nous demandons la désignation d’un interlocuteur unique, chargé d’instruire et de gérer les échanges avec toutes les parties prenantes, qui sont, il faut bien le constater, de plus en plus nombreuses. Doté d’une autorité réelle, il serait en mesure de décider si le projet est ou non d’intérêt public majeur, ce qui faciliterait grandement la procédure, donc le travail de nos ingénieurs et par conséquent la mise en service de gigafactories d’hydrogène renouvelable en France afin de décarboner l’industrie et la mobilité lourde, ce qui répondrait à deux de nos problématiques actuelles : l’urgence climatique et l’indépendance énergétique.

Site web : h2v.net