
Ancien Premier Ministre
Président de la Fondation
Prospective & Innovation
Toutefois, ce qui domine aujourd’hui, c’est le rôle des leaders nationaux dans le développement des guerres. Par ses atouts, mais également par ses dérives, il est souvent acteur des violences qui déséquilibrent la gouvernance mondiale. Une réflexion sur le leadership de la paix d’impose… Le leadership n’est donc pas innocent de l’état de guerre. Une éthique du leadership doit être construite pour en faire une force de Paix.
– La première exigence du leadership de la paix tient à la légitimité du leader qui s’obtient, en démocratie, via l’élection. Toutefois, elle peut aussi découler de décisions prises par une autorité elle-même légitime, qu’il s’agisse de nominations, de décentralisation ou de délégations de pouvoir. Cette exigence renvoie à un principe fondamental : le respect de l’État de droit. Moins un leader est légitime, plus il tend à invoquer cette notion pour s’en prévaloir.
– Le leadership de la Paix consacre évidemment une place forte à la légitime défense et au droit d’un peuple à sa sécurité. Cela signifie que la riposte à une agression est compatible avec l’esprit de Paix, au même titre qu’une politique de dissuasion. Dès lors, la course à l’armement devient un phénomène complexe : si elle porte une part de légitimité quand il s’agit de se protéger, elle est également contestable quand il s’agit de préparer une agression. La force doit toujours définir son cadre.
– Ensuite, il convient de mettre la politique (et donc le droit) au-dessus de la guerre. L’histoire offre de nombreux exemples montrant qu’une intervention militaire dépourvue d’issue politique clairement anticipée se solde le plus souvent par un échec. L’entrée en guerre doit intégrer, dès l’origine, la préparation de la sortie du conflit, ce qui suppose une définition précise des « buts de guerre ». Au désordre doit nécessairement succéder une forme de stabilité.
Le leadership pour la paix s’oppose fermement à la violence, sous toutes ses formes, de la plus insignifiante à la plus grave. La politique a été inventée pour que les peuples ne se battent pas. On ne peut s’empêcher de s’interroger sur sa responsabilité dans le contexte d’une montée de la violence.
– La quatrième attitude nécessaire à la Paix est la possibilité d’une médiation et la création d’un dialogue, la rupture de ce dernier étant toujours une étape décisive de l’échec. Le dialogue est une culture qui respecte la « Culture ». Pour envisager une perspective de paix durable, il est crucial de chercher à comprendre ses adversaires, dans ce qu’ils sont et dans ce qu’ils font. Malgré l’usage fréquent du terme mondialisation, peu de gens connaissent réellement le monde. Que savent en effet les Américains de la Chine et réciproquement ? Ainsi, l’éducation est un long chemin vers la paix. Or, c’est un passage obligé.
Le Général de Gaulle répétait que ce qui servait le commandement, c’était la culture générale. L’ignorance, au contraire, devient un terreau propice à la guerre. Gandhi avait raison d’ajouter : « Si nous voulons une paix dans le monde, nous devons commencer par les enfants ».
– La cinquième qualité nécessaire aux leaders de Paix me semble être la préférence du rassemblement plutôt que la radicalisation, l’aptitude au compromis, le goût de l’harmonie. Il leur faut aussi le goût du futur, la volonté d’anticipation. L’amont des guerres est encore un territoire à découvrir pour éviter les catastrophes pourtant annoncées. La radicalisation qui s’appuie sur le degré de mobilisation des minorités ne peut conduire qu’à la violence.
Si l’on considère le leadership comme « l’incarnation d’une force motrice qui rend compatible une destination, un chemin et un groupe », le leadership est la conjugaison harmonieuse d’une vision, d’un parcours et d’un public. Selon Henry Kissinger, « le leader construit un pont entre le passé et le futur ». Cette définition est plus rapide, elle suppose une vision positive.
Cependant, puisque le dictateur est souvent un leader, il convient d’encadrer le leadership d’un substantif moral et/ou d’un qualificatif vertueux. Recherchons donc une éthique du leadership et/ou un leadership d’harmonie. La réflexion sur le leadership reste à développer, malgré la multitude d’ouvrages qui lui sont consacrés. Une pratique qui progresse plus vite que la pensée qui la soutient comporte évidemment des risques.
Toutes les applications du leadership dans l’époque contemporaine démontrent que si les dérives du leadership sont évidentes, la Paix a néanmoins besoin de leaders capables d’exprimer les nombreux atouts du modèle…
Préparons, dès lors, les leaders de demain, dont la vision est, véritablement, structurée autour de la paix !
