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« Les épreuves sont faites pour être surmontées »

Par Édouard Balladur, Député de Paris, Président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, Ancien Premier ministre.

Édouard Balladur, Député de Paris, Président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, Ancien Premier ministre.
Voici que, sauf événement imprévisible, se terminent les opérations militaires en Irak. Comme on pouvait s’y attendre, les plus grandes difficultés sont à venir.

Elles sont de plusieurs ordres : humanitaire, diplomatique, politique, économique.

Notre pays doit aborder cette période nouvelle sans a priori. la France était hostile à une intervention militaire qu’elle jugeait prématurée et inopportune. Elle avait raison. Son rôle est maintenant de tout faire pour que l’Irak se reconstruise rapidement, pour que la situation diplomatique et politique dans cette région du monde se stabilise et pour que toutes les leçons de la crise soient tirées par les pays occidentaux, au premier rang desquels, les pays européens.

La première des urgences est de faire face aux besoins humanitaires des Irakiens. Ils sont immenses, c’est-à-dire à la mesure des dommages causés par la guerre mais aussi du dénuement dans lequel le régime irakien avait laissé la population. Devant tant de misères, l’essentiel n’est pas tant de savoir qui doit organiser l’aide, mais que celle-ci parvienne sur place dans les meilleures conditions de rapidité et d’efficacité et qu’elle soit répartie dans l’ordre. Cela suppose une coopération étroite entre le commandement militaire anglo-américain, l’ONU, les organisations non-gouvernementales et les pays qui proposeront leur concours. Je souhaite que ce soit le cas des pays membres de l’Union Européenne, sans considération de l’appréciation qu’ils ont portée sur la crise irakienne au cours des derniers mois. Il y va des principes qui fondent l’action internationale. Que serait, pour les irakiens, la liberté retrouvée, si elle n’allait pas de paire avec le retour au mieux-être, à la sécurité, à un ordre respectueux de la dignité de chacun ?

La seconde priorité est d’ordre politique et diplomatique. Il s’agit de faire en sorte que la stabilité de cette région du monde soit garantie et la reprise du terrorisme évitée.

C’est assez dire combien notre pays doit assumer dans cette affaire une responsabilité particulière. La reconstruction politique de l’Irak, un Irak démocratique, sera, à n’en pas douter, une œuvre de longue haleine. Elle ne saurait être l’apanage ni de la coalition victorieuse seule, ni de l’ONU seule, ni, au moins dans un premier temps, des Irakiens seuls compte tenue de l’état des fores politiques après trente ans de dictature.

Toutes les parties prenantes doivent être étroitement associées à la mise en place d’un nouveau régime. Notre pays peut y apporter un concours à la mesure de sa réputation dans le monde arabe ; c’est affaire de sérieux et de pragmatisme. Tel est, ce dont je me réjouis, le sens des démarches qu’il effectue actuellement.

Dans le même temps, troisième priorité, nous ne devons ménager aucun effort pour qu’une solution rapide, juste et durable soit apportée au conflit israélo-palestinien. Les États-Unis sont en position de force pour y parvenir. Le voudront-ils ? Y parviendront-ils dans des conditions acceptables par tous ? C’est toute l’affaire. L’action de notre pays et de ceux des États membres de l’Union Européenne qui le souhaitent, doit tendre à les y aider. Depuis de longues années, la France propose la tenue d’une conférence internationale. Il est temps d’y venir.

Enfin, la dernière priorité, propre à l’Europe celle-là : bâtir l’Union Européenne en tant que puissance. La crise irakienne a mis en lumière non seulement des divergences d’appréciation entre pays membres de l’Union, mais surtout l’incapacité de celle-ci à y faire face, c’est-à-dire à s’assumer en tant que puissance. Rien n’est plus urgent, en conséquence, que de faire en sorte que la future Constitution européenne en préparation autorise ceux des États membres qui le souhaitent à mettre en place les instruments d’une politique extérieure et de défense commune. Si cette entreprise n’était pas menée à bien, il ne servirait à rien de se formaliser de voir les États-Unis mener trop souvent une action solitaire. C’est pourquoi et il n’y a là aucun paradoxe, la construction de l’Europe politique va de paire avec le respect des compétences légitimes des Nations Unies.

Tels sont, me semble-t-il, les principaux enseignements qu’il est aujourd’hui possible de tirer de la crise irakienne. Elle a constitué, à coup sûr, une épreuve pour le monde occidental et pour les pays européens, mais les épreuves sont faites pour être surmontées, celle-ci comme les autres.

Je suis certain que notre pays va s’y employer et démontrer sa capacité à contribuer à construire un monde plus juste et plus équilibré.

Édouard Balladur,
Député de Paris,
Président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale,
Ancien Premier ministre