Regency Limo Coach

Myriam Laissy :
« Le transport engage une part de l’image
de ceux qui nous le confient »
À la tête de Regency, entreprise spécialisée dans le transport événementiel, institutionnel et premium avec chauffeur, Myriam Laissy observe depuis plus de 25 ans l’évolution d’un métier discret, mais décisif dans la réussite d’une mission diplomatique, d’un déplacement de dirigeants ou d’un événement international. Entre protocole, transition environnementale, sécurité des données et transformation des villes, elle défend une mobilité fondée sur la préparation, la mesure et la confiance…
Regency intervient sur des missions événementielles, institutionnelles et haut de gamme. Quelle est aujourd’hui la singularité de votre métier de transport avec chauffeur ?
Notre métier est souvent perçu à travers le véhicule. Or le sujet principal n’est pas la voiture, le van ou l’autocar. C’est l’organisation qui permet à une personne, à un groupe ou à une délégation de se déplacer sans rupture, sans stress et sans perte d’information. Dans le transport premium ou institutionnel, la fiabilité se construit dans l’anticipation, le dialogue, la précision des horaires, les repérages, les plans de secours et la qualité de la coordination.
Nos clients ne sont pas toujours les passagers. Une direction générale, une assistante de direction, une Maison de luxe, une agence, une institution ou une ambassade nous confient des collaborateurs, des invités, des artistes, des dirigeants ou des personnalités. Ils nous délèguent donc une partie de leur image. Quand tout se passe bien, le transport est presque invisible. Quand il est mal pensé, il devient immédiatement visible.
Comment transforme-t-on cette exigence en méthode de travail ?
La méthode repose sur une chaîne simple : comprendre, préparer, coordonner, ajuster. Chez Regency, chaque mission est suivie par un chef de projet identifié, du brief à la facturation, en lien direct avec la production. En amont, nous analysons les flux, les accès, les temps de parcours, les besoins de sécurité, les profils des passagers et les risques d’imprévu. Sur les missions complexes, les repérages sont essentiels, car un plan de transport ne se conçoit jamais uniquement derrière un écran.

Cette culture de la discrétion et du protocole est-elle ancienne chez Regency ?
Oui. J’ai moi-même débuté il y a près de 30 ans dans une société qui travaillait notamment avec le ministère des Affaires étrangères et plusieurs ambassades. On y apprend la rigueur des cortèges, la discrétion, les échanges avec les autorités, les réunions de sécurité, les itinéraires sensibles, les informations transmises au dernier moment… Cette culture irrigue aussi les événements d’entreprise, les déplacements de dirigeants, les opérations de luxe ou les grands rendez-vous internationaux. La différence entre une prestation ordinaire et une prestation maîtrisée tient souvent à des détails : le bon point de dépose, la bonne consigne au chauffeur, le bon timing, la bonne posture…
La responsabilité sociétale est très présente dans votre discours. Comment éviter qu’elle ne soit réduite à un argument de communication ?
En acceptant de la mesurer et de se faire évaluer. Une démarche responsable ne peut pas se limiter à quelques véhicules électriques. Elle concerne certes les motorisations, mais aussi les kilomètres inutiles, l’organisation des flux, l’éco-conduite, les conditions de travail, la sécurité, les achats, les partenaires, les données et la gouvernance. C’est une approche globale. Nous avons structuré cette démarche avec des audits et des référentiels externes : ISO 20121 pour le management responsable appliqué à l’activité événementielle, EcoVadis pour l’évaluation RSE, CyberVadis pour la cybersécurité… L’intérêt de ces démarches est moins d’obtenir un logo que de progresser, de documenter les pratiques et d’identifier les points à améliorer. Dans une petite entreprise, cela représente un investissement important, mais il donne un cap à l’organisation.
Concrètement, que peut faire un transporteur pour réduire l’empreinte d’un événement ?
La première réponse consiste à mieux organiser. Choisir un véhicule bas carbone est utile, mais cela ne suffit pas. Un plan de transport intelligent peut réduire les trajets à vide, optimiser les rotations, regrouper les passagers quand c’est pertinent, éviter des attentes moteur allumé, limiter les détours et choisir des chauffeurs implantés localement. La meilleure énergie est aussi celle que l’on évite de consommer.
Nous intégrons un bilan carbone sur nos devis et nos factures, afin que le donneur d’ordre comprenne l’impact des choix effectués. C’est un outil de dialogue. Dans certains cas, l’électrique est adapté, par exemple sur des distances courtes en zone urbaine. Dans d’autres cas, les infrastructures de recharge, l’autonomie réelle, le froid, l’altitude, le volume de bagages ou encore la durée de la mission imposent d’autres solutions. La mobilité responsable n’est pas une réponse unique. C’est une décision contextualisée.

Les villes évoluent rapidement. Quels effets cela produit-il sur votre activité ?
Les centres urbains se ferment progressivement à certains véhicules, les zones à faibles émissions se développent, les règles de stationnement changent et les usages se recomposent autour des mobilités douces et des transports collectifs. Pour un transporteur, cela oblige à repenser le dernier kilomètre : il faut intégrer chaque déplacement dans un écosystème urbain plus contraint, plus multimodal et plus sensible à l’impact environnemental. Cette évolution est positive si elle s’accompagne de cohérence et de visibilité. Les entreprises investissent dans des véhicules plus propres, des outils de pilotage et la formation. Elles ont donc besoin de règles stables pour amortir ces investissements. Lorsque les réglementations changent trop vite ou produisent des effets paradoxaux, cela crée de l’incertitude. La transition a besoin d’ambition, mais aussi de lisibilité.
La cybersécurité apparaît désormais dans vos sujets de vigilance. Pourquoi est-ce devenu un enjeu dans le transport premium ?
Parce que le transport manipule des informations sensibles. Un planning de déplacement peut révéler l’agenda ou l’adresse d’un dirigeant, la présence d’une personnalité, le calendrier d’une délégation, les habitudes d’un client ou l’organisation d’un événement confidentiel. Dans certains contextes, ces données ont une valeur stratégique ou sécuritaire.
La confidentialité a toujours fait partie de notre culture de métier. Ce qui change aujourd’hui, c’est la dimension numérique : fichiers, outils de planification, échanges instantanés, données de vol, listes d’invités, coordonnées, itinéraires… La discrétion doit désormais s’appuyer sur des process, des accès maîtrisés, des partenaires sensibilisés et une vraie culture de protection de l’information.
Le secteur a été transformé par les plateformes et le statut VTC. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?
Les plateformes ont créé une confusion entre des prestations très différentes. Le transport premium, institutionnel ou événementiel ne repose pas seulement sur la disponibilité d’un chauffeur. Il suppose une préparation, une vérification réglementaire, une sélection des partenaires, un briefing, une coordination et une continuité de service.
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux décideurs publics ?
Les entreprises de mobilité sont prêtes à évoluer. Elles investissent, elles testent, elles forment, elles cherchent des solutions plus sobres. Mais pour avancer, elles ont besoin d’un cadre clair. Les politiques publiques doivent encourager la transition tout en tenant compte des réalités d’exploitation : disponibilité des véhicules, infrastructures de recharge, coûts d’acquisition, autonomie réelle, stationnement, accès aux centres-villes, contraintes des événements et saisonnalité de certaines activités. La mobilité ne se transforme pas uniquement par la contrainte. Elle se transforme par la cohérence entre les objectifs, les règles, les infrastructures et les usages. Les professionnels peuvent être des partenaires utiles de cette transition, à condition d’être associés aux réflexions en amont.
Comment imaginez-vous l’avenir de votre métier ?
Je pense que notre métier sera de plus en plus technologique et de plus en plus humain. L’intelligence artificielle aidera à optimiser les itinéraires, les plannings, les rotations, les temps d’attente, les émissions et les scénarios de crise. Mais elle ne remplacera pas la confiance, la capacité à rassurer, l’intelligence de situation ou l’attention portée à une personne. Le transport restera un métier de l’ombre. Sa réussite tient au fait que tout paraît simple alors que tout a été préparé. L’excellence du service consiste sans doute à rendre visible le moins possible l’effort nécessaire à la fluidité.

Le dernier kilomètre, nouveau défi des villes et des événements
Longtemps, le transport événementiel a été pensé comme une question de véhicules : combien de berlines, de vans, de minibus ou d’autocars ? Cette approche ne suffit plus. Dans les grandes métropoles, les centres urbains se transforment, les zones à faibles émissions se développent, les accès se restreignent, les places de stationnement diminuent et les attentes environnementales progressent. Le véritable sujet devient alors celui du dernier kilomètre : comment conduire les invités au plus près de leur destination, sans encombrer la ville, sans dégrader l’expérience et sans alourdir inutilement l’empreinte carbone ?« Le véritable enjeu des prochaines années sera celui du dernier kilomètre. Il faudra imaginer des solutions plus intelligentes, plus fluides, plus intégrées aux nouveaux modes de déplacement », résume Myriam Laissy, avant de poursuivre : « Ce sujet révèle aussi les paradoxes de la transition. À Paris, par exemple, le stationnement est désormais calculé selon le poids du véhicule. Résultat : les véhicules électriques, plus lourds en raison de leurs batteries, peuvent se retrouver désavantagés, alors même qu’ils répondent aux objectifs écologiques fixés par les Pouvoirs publics. Pour les professionnels, cette situation illustre un besoin essentiel : rendre les politiques de mobilité plus lisibles, plus stables et mieux articulées avec les usages réels. Pour les organisateurs publics, institutionnels ou privés, le dernier kilomètre impose de penser la mobilité très en amont. Le choix du lieu, les horaires, les points de regroupement, les zones de dépose, les itinéraires, les rotations, les solutions collectives ou électriques doivent former un même plan cohérent. L’enjeu consiste donc à combiner intelligemment les modes de transport : marche, transports publics, navettes, véhicules électriques, minibus, autocars, voiturettes… Une mobilité réussie est celle qui rend le déplacement simple pour l’invité, acceptable pour la ville et maîtrisé pour l’organisateur ».

Data et transport sensible : l’autre chaîne de sécurité
Dans une mission institutionnelle, diplomatique ou premium, la sécurité ne se joue pas uniquement sur la route. En effet, pour Regency, elle commence bien avant le départ, dans la manière dont les informations sont collectées, qualifiées, partagées et protégées. Horaires d’arrivée, listes de passagers, points de rendez-vous, accès et adresses confidentiels, changements de dernière minute : chaque donnée contribue à la fluidité de l’opération, mais devient sensible si elle circule mal.La data est donc devenue, pour l’entreprise, un véritable outil de pilotage. Elle permet d’anticiper les flux, d’ajuster les rotations, de suivre les mouvements, de réduire les temps d’attente et d’informer les bonnes personnes au bon moment. Mais cette efficacité impose une discipline : limiter les accès, structurer les échanges, fiabiliser les fichiers et sensibiliser les équipes comme les partenaires.
« La protection des données est devenue un enjeu majeur du secteur du transport avec chauffeur », souligne Myriam Laissy, avant de poursuivre : « Pour les institutions, ambassades, entreprises ou organisateurs d’événements, cette dimension devient un critère de choix. Le transporteur ne gère plus seulement des véhicules et des chauffeurs. Il administre une chaîne d’information, parfois aussi stratégique que la chaîne logistique elle-même. Dans ce contexte, la cybersécurité prolonge naturellement la discrétion historique du métier : protéger les personnes, les parcours et les informations qui les relient ».
