
Rencontre avec
Tristan Rodriguez,
Vice-président du Groupe Kramer,
Président d’Horus
« Nous sommes les ambassadeurs d’un patrimoine français qui nous est grandement envié »
À l’heure où la France cherche à renouer avec sa puissance industrielle, Tristan Rodriguez, Vice-président du Groupe Kramer et Président d’Horus, incarne une génération d’entrepreneurs engagés dans la reconquête du savoir-faire français. Porte-voix du Label Entreprise du Patrimoine Vivant, il défend une vision exigeante du luxe : enracinée, durable et solidaire. Pour lui, redonner sens à la production, c’est aussi redonner confiance à un pays tout entier et réconcilier le patrimoine manufacturier avec les défis du XXIème siècle. Rencontre avec un dirigeant habité par la conviction que l’excellence n’est pas un slogan, mais une responsabilité nationale…
Vous venez de prendre la présidence d’Horus… Quelle est votre feuille de route et quels objectifs vous êtes-vous fixés ?
Je viens en effet de reprendre officiellement la présidence d’Horus, mais je pilote en réalité cette belle Maison, avec passion, depuis son rachat par notre Groupe familial il y a maintenant 7 ans, car en tant que Vice-président du Groupe Kramer, que je dirige aux côtés de mon père, Manuel Rodriguez, j’ai eu la chance de suivre de près chaque étape de sa renaissance. Horus est bien plus qu’un fabricant de robinetterie. Considéré comme un orfèvre de la salle de bains, la société est reconnue pour son savoir-faire d’exception dans les plus beaux hôtels du monde, dans les résidences privées les plus raffinées, comme dans les projets patrimoniaux les plus exigeants. Nous cultivons l’art du détail et du travail bien fait, en conjuguant une vision très française de l’élégance. Pour répondre à votre question, Horus entame aujourd’hui une nouvelle étape de son développement. Notre ambition est claire : faire de la marque un ensemblier complet de la salle de bains haut de gamme en consolidant son excellence bien évidemment en tant que robinettier et en y ajoutant désormais une expertise céramique de très haut niveau.
Ce virage stratégique s’est concrétisé par l’intégration de la manufacture historique de la Jurassienne de Céramique (ex Jacob Delafon) dans le Jura, que nous avons relancée avec la volonté d’y faire vivre un savoir-faire unique en France. Notre cap est assumé : être la marque de référence pour les architectes, décorateurs et prescripteurs de l’hospitality de prestige en France comme à l’international, puisqu’Horus est largement présent hors de nos frontières. La stratégie export est ambitieuse, avec un accompagnement à la fois sur mesure des projets contract et une synergie active avec d’autres Maisons d’excellence. C’est d’ailleurs tout le sens de notre appartenance au Label Entreprise du Patrimoine vivant que j’ai la chance de représenter à travers la présidence du Pôle Contract et Hospitality du Réseau Excellence. En d’autres termes, je souhaite qu’Horus soit à la fois un ambassadeur de l’excellence française, un gardien du geste artisanal et un partenaire de confiance pour les créateurs les plus audacieux. C’est une ambition qui allie enracinement et projection, tradition et innovation et qui s’incarne chaque jour dans nos ateliers, nos collections et nos choix opérationnels.

Horus s’inscrit au cœur du Groupe Kramer, marqué par une histoire industrielle emblématique… En quoi cet héritage façonne-t-il, selon vous, l’ADN et les choix stratégiques de la marque ? Et quelle est la place d’Horus au sein du Groupe ?
Le Groupe Kramer repose sur une architecture industrielle solide, construite autour de trois piliers complémentaires…
Le premier pilier, historique, recouvre une activité dite de MDD, de marque de distributeur, qui fait de nous un partenaire de confiance pour les plus grands acteurs de la distribution française, à l’instar de Saint Gobain pour ne citer qu’eux. L’activité, fondée sur des volumes importants, nous permet de garantir la performance et la rentabilité de nos sites de production, tout en cultivant une rigueur en matière de normes et de qualité industrielle.
Le second pilier consiste à développer la marque Kramer, positionnée plutôt sur des marchés B2B et grand public, à travers des enseignes type, comme Leroy Merlin ou Bricoman. C’est une marque qui incarne notre capacité à offrir des produits fiables sur un segment de milieu de gamme accessible, mais cependant exigeant.
Enfin, le troisième pilier concerne Horus, notre fleuron, qui occupe une place singulière, presque sacrée, au sein du Groupe. C’est notre vitrine, notre Maison d’excellence, le symbole vivant de notre engagement envers les savoir-faire français les plus nobles. Je dirais qu’avec Horus, nous entrons dans le monde du luxe et de la haute facture dans une démarche où chaque détail compte, où la robinetterie devient un art et la céramique un patrimoine. C’est notre ADN. Cet héritage industriel ancien, transmis de génération en génération, ne nous enferme pas pour autant dans le passé. Ils nous donnent des racines profondes pour mieux aller de l’avant. Si l’histoire du Groupe nous apprend la rigueur et la fidélité à un geste, Horus concentre tout cela. C’est la plus exigeante, la plus créative et la plus internationale de nos marques. Seule enseigne exportée aujourd’hui au sein du Groupe Kramer, Horus est notre navire amiral. Il porte haut et fort les couleurs de l’art de vivre à la française et incarne la mission du Groupe : défendre, transmettre et faire rayonner les savoir-faire industriels d’exception français.

C’est un positionnement un peu unique qui nous permet de créer des passerelles avec d’autres Maisons d’excellence, notamment dans le cadre du Label EPV, où des complémentarités évidentes se créent, car la démarche d’Horus n’est pas individualiste et s’il s’agit, bien évidemment, d’une société, qu’il faut rentabiliser, il ne faut pas oublier qu’elle s’inscrit au coeur d’un véritable écosystème humain. Qu’il soit question d’Horus ou du Groupe Kramer, nous n’avons pas vocation à être un simple acteur du marché. Nous nous sommes donnés pour mission d’être un dépositaire actif de notre patrimoine manufacturier et de faire en sorte que celui soit incarné. Horus en est la preuve vivante !
Les nouveaux codes du luxe ont changé… Comment Horus s’est-il adapté ?
En effet, le monde du luxe évolue perpétuellement et se doit d’atteindre un caractère d’excellence sur l’ensemble de ses réalisations, mais également dans ses valeurs. Il devient de plus en plus ancré, humain, moins ostentatoire, avec une logique de singularité et de sincérité. Les normes également sont de plus en plus spécifiques, qualitatives, haut de gamme. Horus suit bien évidemment l’ensemble de ces exigences. Instrument au service de l’exigence, de la durabilité et de la beauté, notre Maison a l’art et la manière de prolonger la tradition. Au-delà de l’excellence des produits et du savoir faire manufacturier, l’entreprise revendique également une qualité de service. Rappelons à ce titre que nous sommes à même de réhabiliter un produit au bout de 10, 15 ou 20 ans. Nous avons en effet la capacité de retrouver des pièces détachées, de tout remettre en état jusqu’aux moindres finitions. J’ai d’ailleurs été récemment marqué par une histoire assez touchante… Une jeune femme d’une quarantaine d’années venait de récupérer la maison de sa grand-mère qui l’a élevée. Une maison chargée de bonheur et de souvenirs. Elle se souvient en effet des bains qu’elle prenait avec elle, alors qu’elle n’était qu’une enfant. Elle a pris attache avec nous pour réparer le mélangeur de baignoire Horus de son enfance. Elle tenait absolument à ne pas le remplacer, comme pour mieux préserver ses souvenirs. Dès lors, vous l’aurez compris, il ne s’agit pas seulement de robinetterie, mais d’un univers sensible. On s’inscrit en effet dans le registre de l’émotion. Le luxe en 2025, c’est aussi cela !

Vous évoquiez la question des normes de plus en plus rigoureuses. Leur omniprésence est-elle un frein à l’innovation ou peut-elle a contrario l’accompagner ?
Elles accompagnent l’innovation, sans aucun doute ! Mais au-delà, les normes joue un rôle très important et permettent de faire le tri en mettant hors jeu des acteurs plus ou moins scrupuleux. Bien sûr, il ne faut pas de normes à outrance, mais quand elles sont mises au service de la qualité et de l’audace, je les plébiscite.
Y-t-il des transformations sociétales ou environnementales dont vous êtes à l’origine au sein de l’entreprise ?
Tout à fait ! Nous avons amorcé notre propre Comité RSE, en interne, récompensé par une Médaille d’Or EcoVadis. Être RSE aujourd’hui, c’est une remise en question perpétuelle. La Médaille ne vient pas mettre un frein à tout cela, au contraire ! Nous avons le souci du bien faire et de la responsabilité sociétale de notre entreprise. Notre rapport dédié à l’éco-responsabilité fait plusieurs centaines de pages. Concernant les innovations responsables, j’aimerais évoquer la Jurassienne céramique : à partir du moment où un produit n’est pas conforme à notre standard de qualité, il est broyé et réintégré dans le processus de fabrication. Nos pièces céramiques sont donc composées de 7 à 10% de produits dits non valables au départ. Idem pour nos moules en plâtre ou notre laiton sur la robinetterie qui s’intègre dans notre logique d’économie circulaire et respecte les normes les plus exigeantes. Il y a aussi cette idée du temps long, où l’on prend en considération le produit dans toutes ses composantes, de la conception à la réalisation finale pour qu’il accompagne l’utilisateur tout au long de sa vie. Et à l’heure où nous vivons dans une société de l’immédiateté, cette approche démontre à proprement parler ce qu’est l’excellence aujourd’hui. Prendre son temps incarne aussi une certaine idée du luxe… Nous avons mis en place cette démarche de durabilité depuis 5 ans maintenant et nous avons été parmi les précurseurs sur notre marché. Par ailleurs, l’idée de responsabilité sociale implique également de sortir de nos frontières, de nos usines, de notre zone de confort, pour nous connecter à un territoire.
Parmi les différents projets mis en oeuvre, quels sont ceux que vous souhaiteriez mettre en lumière ?
C’est toujours délicat de répondre à cette question, car les projets sont si nombreux et uniques en la matière ! Chacun d’entre eux raconte une histoire singulière qui porte une ambition architecturale d’excellence, forte et incarnée. Parmi les ouvrages les plus emblématiques, j’évoquerai le Ritz Carlton de Vienne, le Négresco à Nice ou l’Ashford Castle en Irlande qui a été élu le plus bel hôtel du monde il y a maintenant trois ans, mais aussi le Plaza Athénée ou le Selman à Marrakech. Cependant, nous sommes fiers également de notre ancrage territorial en France, avec le Pavillon de la Reine, Place des Vosges, à Paris, le Château de la Messardière à Saint-Tropez, le Domaine de Murtoli, en Corse, l’Abbaye des Vaux de Cernay que nous venons d’achever ou le mythique Hôtel Raphaël que nous avons équipé de A à Z. Vous comprendrez sans nul doute combien il est difficile de choisir, tant ces réalisations ont une résonance particulière dans notre inconscient collectif. Certaines de nos créations s’inscrivent dans un cadre plus diplomatique, puisque nous avons rénové notamment le Palais-Royal de Bangkok. Mais nous sommes aussi capables de conduire des réalisations plus anonymes, voire boutiques, du yachting, en passant par la belle maison de campagne ou la maison d’hôtes.
Qu’est-ce qui constitue la singularité d’Horus et comment se distingue-t-elle des autres acteurs du marché ?
La singularité d’Horus réside dans une alchimie assez rare, entre excellence industrielle, héritage historique et vision contemporaine. Nous sommes aujourd’hui le seul fabriquant français à maîtriser en interne un tel niveau d’exigence, à la fois pour la robinetterie et la céramique sanitaire. Cette double compétence, portée par une exigence artisanale permet d’offrir une cohérence esthétique et technique crédible dans l’univers de la salle de bains haut de gamme. Nos clients, qu’ils soient architectes, décorateurs ou grands hôteliers, trouvent chez Horus, je crois, un interlocuteur capable de concevoir une vision d’ensemble harmonieuse et sur mesure, qui ne s’arrête pas qu’au produit, mais qui déploie un univers complet de salles de bains. Notre ancrage historique est une force… mais l’usine de la Jurassienne de Céramique (labellisée EPV en 2025) reprise par notre Groupe est un lieu éminemment emblématique, puisque c’est là, en 1899, qu’Émile Jacob et Maurice Delafon ont inventé le concept même de la salle de bains. Une innovation consacrée par 3 Médailles d’Or à l’Exposition universelle de Paris en 1900. C’est un patrimoine fondateur et source d’inspiration au quotidien. Ce n’est pas seulement Horus, ce n’est pas seulement un style, c’est également une manière d’envisager le produit sur le long terme. Nous intégrons dès la conception cette logique d’éco-conception, d’économie circulaire et de durabilité. Enfin, on se distingue aussi par une âme, celle d’une Maison qui porte l’art de vivre à la française, non pas comme un sorte de décor figé, mais comme un artisanat vivant, précis, rigoureux et ouvert au monde. C’est une signature.

Le Label EPV s’inscrit dans le prolongement de tout ce que vous venez de décrire…
Oui, bien sûr. Le Label EPV, c’est 1 400 entreprises pour 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont la moitié est réalisée à l’international. C’est dire à quel point la part de l’export est significative aujourd’hui pour cette société EPV qui rayonne et qui est plébiscitée à l’étranger. Nous sommes les ambassadeurs de ce patrimoine français qui nous est grandement envié.
Pourriez-vous dire quelques mots sur vos 3 collections actuelles ?
Il y a en effet 3 grands univers qui, chacun, incarne une facette de l’identité d’Horus. Le premier est celui de l’excellence dite classique, profondément inspiré du répertoire architectural et du style décoratif traditionnel. Nos Collections emblématiques comme Julia, Ascott ou Zéphyr sont devenues de véritables références dans les plus beaux palaces du monde. Elles expriment à la fois un caractère intemporel, une profondeur stylistique et l’art du détail qui force l’ADN d’Horus depuis ses origines. C’est ce socle-là qui a fait connaître notre Maison en France et à l’international.
Nous avons par la suite développé un univers plus contemporain où le design se fait plus épuré, plus structuré, en lien avec la nouvelle génération d’artistes, d’architectes et de décorateurs, avec des lignes sobres, élégantes et puissamment dessinées, puisque nous avons nos propres designs. C’est ce qui nous permet de déployer des projets à forte identité visuelle où l’élément fonctionnel devient une pièce sculpturale à part entière.
Le troisième et dernier univers est celui de nos Collections Concept. Plus conceptuelles, elles nous permettent d’explorer de nouvelles matières, de nouveaux usages, de nouveaux territoires. Nous travaillons, par exemple, l’inox 316 qu’on retrouve dans le milieu marin, notamment sur les bateaux, en alternative au laiton traditionnel.
Si on a construit ces collections à la base pour la robinetterie, notre céramique s’intègre désormais dans ces écosystèmes. Aujourd’hui, nous sommes d’ores et déjà en train de développer de nouvelles collections au sein de ces 3 univers, qui vont répondre aux mêmes exigences, mais qui vont aussi renforcer l’expérience du lieu. Nous travaillons avec des architectes et des décorateurs de renom.
Quels sont les enjeux auxquels vous devez faire face ?
Nous pourrions faire une interview axée uniquement sur les problématiques rencontrées, tant elles sont nombreuses ! Il suffit pour cela de contextualiser le marché… Nous avons amorcé en France un processus de désindustrialisation depuis 30 ans, avec pas moins de 2,5 millions d’emplois perdus ! La crise du Covid n’a pas été simple à gérer non plus. D’ailleurs, depuis la pandémie, La France a pris conscience de sa dépendance à l’extérieur en matière de savoir-faire manufacturier. Horus a souffert de cette politique de désindustrialisation, à tel point que la partie fonderie pour la robinetterie, par exemple, n’était plus possible en France. Nous avions dû prendre des participations en Italie ! Aujourd’hui, nous sommes capables de réaliser notre propre fonderie et de mettre en oeuvre des savoir-faire spécifiques et de plus en plus rares, notamment sur le traitement de surface, mais il a fallu nous battre pieds et poings pour que 90% de nos finitions soient effectuées malgré tout sur notre territoire. De nombreux savoir-faire ont disparu. Il a fallu composer avec l’existant.
Lorsque nous avons repris la Jurassienne, nous avons bataillé là aussi bec et ongles pour sauver ce site en partant de zéro, pour préserver ce savoir-faire menacé.
Que dire également de la guerre en Ukraine qui s’est traduite par un coût de l’énergie 10 fois plus élevé ? Notre budgétisation de 400 000 euros de dépenses énergétiques est passée au plus haut de la crise à… 4 millions d’euros !
Nous avons donc été confrontés à pléthores de problématiques qui nous ont permis cependant de développer un maximum de choses tout en produisant un minimum pour éviter de payer des coûts de fabrication trop élevés et des coûts d’énergie extrêmement chers. Et aujourd’hui, à l’heure où je vous parle, c’est un succès, puisque sur la partie céramique, nous allons passer de 0 à 15 millions en trois ans. C’est plutôt satisfaisant. Mais les défis sont de taille. Et l’enjeu le plus important à l’avenir – c’est mon combat à titre personnel – est lié à la formation et la transmission de nos savoir-faire, notamment auprès des plus jeunes, mais aussi à la transmission inter-générationnelle de nos sociétés. C’est un vrai débat : faire perdurer tous ces savoir-faire d’exception. Nous n’y arriverons pas seuls. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons signé, avec le Réseau Excellence EPV, un partenariat avec les Manufactures nationales reposant sur ces aspects-là, notamment avec la création d’un CFA des métiers orphelins de formations qui permet de cartographier et d’apporter des solutions concrètes pour toutes ces professions en France. Il faut redorer l’image de l’industrie qui a été boudée pendant des années. On paye actuellement les conséquences d’avoir dénigré en permanence les métiers manuels. Or l’industrie représente moins de 10 pour cent aujourd’hui du PIB. Voilà la réalité !
… Mais êtes-vous optimistes ?
Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste. Je suis juste réaliste par rapport à la situation actuelle. Je crois que, paradoxalement, ce sont les sociétés qui ont le pouvoir de faire bouger les lignes, car malheureusement notre classe politique est déconnectée sur ces questions. C’est pour cela que j’aime profondément le Label EPV pour lequel je m’implique énormément. C’est un vivier de savoir-faire exceptionnels, de sociétés puissantes qui rayonnent en France et à l’international et qui ont les moyens aujourd’hui, politiques et diplomatiques, de prendre leur destin en main. Je reste optimiste si c’est nous, tous ensemble, qui nous en occupons et c’est plutôt bien parti !
Quelles sont vos relations avec la classe politique française ?
Elles sont excellentes malgré tout. Lors d’un dîner au Mobilier national, nous avions autour de la table Catherine Vautrin, Ministre du Travail, Véronique Louwagie, Ministre des PME, Rachida Dati, Ministre de la Culture et un ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, qui nous fait entièrement confiance, qui nous appuie et qui a été le créateur même du Réseau, avec Renaud Dutreil. Nos politiques comprennent de plus en plus qu’ils ont besoin d’entrepreneurs, de chefs d’entreprises et de savoir-faire. Cette excellente relation est de plus en plus suivie des faits, d’où l’importance d’instaurer un vrai dialogue.

Comment définiriez-vous la culture de l’excellence…
Je n’aime pas l’excellence s’il s’agit d’une posture ou d’un slogan, si elle est stérile ou élitiste. L’excellence est ce qui résiste à la facilité. C’est une discipline intérieure, une exigence quotidienne, une manière d’habiter son métier avec vérité. Dans l’univers du luxe, l’excellence ne se mesure pas à la beauté d’un produit fini. Il y a la précision du geste, la qualité d’un alliage, la noblesse du matériau… L’excellence, c’est une culture vivante. Elle se transmet, s’apprend, s’éprouve.
Elle a aussi une mission sociale et c’est pourquoi à travers le Réseau, nous défendons l’excellence partagée sur un patrimoine vivant, fondé sur la transmission, la formation, la mise en valeur des savoir-faire souvent invisibles.
Cette appétence pour la culture du beau vient-elle de votre enfance ?
Sans aucun doute ! Je suis le petit fils d’immigrés espagnols… Il fallait entendre ma grand-mère parler de la France, raconter son amour pour ce grand pays.J’ai grandi avec ces valeurs patriotiques. J’ai, moi aussi, nourri ce même amour pour cette nation qui m’a tant donné. Je suis tombé amoureux de son histoire, de son patrimoine, de sa littérature, de sa gastronomie. On pourrait passer des heures à les énumérer ! J’ai complètement assimilé son histoire qui est mienne aujourd’hui.
Et puis, je me souviens, gamin, des ateliers de mon père, de l’exigence apportée à ces savoir-faire d’exception, du goût pour le travail bien fait, mais un travail si dur ! Cette appétence pour la culture du beau témoigne aussi, je dois l’avouer, de quelque chose de plus intime, lié à ma foi catholique, pour laquelle je suis extrêmement impliquée et qui me permet de garder les pieds sur terre, d’être un instrument de paix, de rigueur et de transmission de belles valeurs. L’excellence, c’est un peu tout cela réuni…
Horus vient de remporter la Palme d’Or du Comité de France, avec un Diplôme de Mérite et de Prestige national…
Quelle reconnaissance ! C’est un succès collectif et partagé qui vient couronner nos actions, notre histoire et les difficultés que nous avons dépassées. Cette distinction met en lumière des générations de travailleurs et de savoir-faire exceptionnels. Oui, cette Palme d’Or incarne l’excellence que nous défendons et nous oblige à rester vigilants à l’avenir pour ne jamais perdre de vue ni notre objectif, ni notre ADN.
Propos recueillis par
Pauline Wirth du Verger