S.E le Docteur Majid Bin Ali Al-Nuaimi, Ministre de l’Éducation du Royaume de Bahreïn, Président du Conseil de l’Enseignement supérieur

Comment se conjugue le système éducatif de Bahreïn ?

Le système éducatif de Bahreïn, sous toutes ses formes, est régi par 3 lois principales :

  • la loi n° 27 de 2005, relative renseignement public et technique,
    qui stipule que l’enseignement constitue un droit garanti pour tous les citoyens et émane des bases et valeurs de la société Bahreïnie et de l’interaction humaine, ci­vilisationnelle et identitaire ;
  • le décret-loi n° 25 de 1998 réglemente l’enseignement privé, qui constitue actuellement 38% du secteur de l’en­seignement. Il a notamment permis la création des écoles privées et des écoles étrangères (françaises, anglaises, amé­ricaines…). Le Ministère de l’Éducation concède des licences aux investisseurs qui souhaitent ouvrir de tels établisse­ments, conformément aux termes définis par la loi. Toutefois, le Ministère réclame, de la part de ces Institutions, d’enseigner les programmes de la langue arabe, de l’histoire nationale et de l’éducation ci­vique aux élèves Bahreïnis admis dans ces établissements et ce, afin de promou­voir les valeurs communes des Bahreïnis. Il convient de souligner que ce secteur connaît un véritable essor et garantit un espace d’ouverture et de diversité, ce qui encourage le Gouvernement à y investir d’une manière importante ;
  • la loi n°3 de 2005 sur l’enseignement supérieur constitue la référence prin­cipale pour la réglementation de ce secteur, ses objectifs et ses orientations, dans le but de former des cadres dans différentes spécialités techniques, scientifiques et humaines.

Il existe actuellement à Bahreïn 13 éta­blissements d’enseignement supérieur privés, en plus de l’Université de Bahreïn (publique), Polytechnique de Bahreïn (également publique) et l’Université du Golfe arabe (université régionale). Comme pour l’enseignement privé, le Gouvernement encourage l’investisse­ment dans l’enseignement supérieur et il existe actuellement plusieurs branches d’universités de renommée internatio­nale, comme l’Université française de Vatel, l’Université britannique et d’autres. Ce secteur connaît une croissance quantitative, aussi bien que qualitative et s’oriente actuellement vers de nouvelles spécialisations, comme l’intelligence ar­tificielle et les énergies renouvelables… Quant à l’enseignement religieux, il de­meure limité et sous le contrôle de l’Etat. Le Ministère de l’Éducation a mis sur pied deux Instituts pour l’enseignement religieux, qui assurent un enseignement général conformément au programme officiel, à raison de 80% au moins, en pa­rallèle à certains cours d’ordre religieux.

Quel regard portez-vous sur l’organisation de l’enseignement supérieur ?

Les débuts de l’enseignement supérieur au Royaume remontent à la fin des années soixante et l’Université de Bahreïn fut créée en 1986. L’essor économique et social qu’a connu Bahreïn a engendré le développement de l’enseignement supérieur , dans l’égalité des chances. Il convient de noter que la majorité des étudiants universitaires sont de sexe féminin (60%). Par ailleurs , l’enseignement gratuit est garanti pour tous et les Rapports de l’Unesco, au cours des dernières années, ont souligné que le taux de scolarisation était de 100% dans le cycle primaire

Quelle est la place des TIC au sein de l’Éducation nationale et en quoi consiste cette e-Université, présentée comme un pilier de développement ?

Les technologies de l’information et de la communication ont acquis une impor­tance particulière au sein de l’Éducation nationale, depuis 2005, avec l’inaugura­tion du projet de SM le Roi Hamad bin Isa Al Khalifa pour les « écoles du futur », projet mis en place dans toutes les écoles à partir de 2009. Il a permis de passer de l’apprentissage classique à l’appren­tissage électronique, en dotant les écoles de moyens technologiques avancés, de laboratoires virtuels, de tableaux inte­ractifs et de portails électroniques et en assurant des formations au personnel en­seignant dans le domaine de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement. Après le grand succès de ce projet, on est passé en 2015 à l’étape de la « capacitation numérique » dans l’éducation, permettant ainsi de produire le contenu électronique dans les programmes sco­laires conformément aux normes inter­nationales.
En outre, le Royaume héberge le Centre régional pour les technologies de l’infor­mation et de la communication, inau­guré en 2012. S’ajoute à cela, la Biblio­thèque électronique du Roi Hamad, qui permet d’accéder à une base importante de sources et d’informations, à la disposi­tion des étudiants et des chercheurs.

Comment définiriez-vous le Prix remis chaque année à l’Unesco ?

Bahreïn a toujours veillé à la coopération avec l’Unesco dans les domaines de l’éducation, la culture et le patrimoine. Parmi les champs de coopération, le Prix Unesco-Roi Hamad a été approuvé à l’unanimité lors de la 33ème session de l’Unesco et sa première édition fut en 2006. Ce prix vise à soutenir des projets et des activités dans le domaine de l’utilisation des TIC dans l’éducation, pour encourager les projets créatifs des individus ou des Institutions et des ONG en la matière.

Quelle est la place de l’enseignement de la langue française ?

Dans le cadre de l’ouverture du Royaume, l’enseignement de la langue française y est établi de longue date, dans l’objectif d’offrir aux étudiants l’opportunité de dé­couvrir de nouvelles cultures. Le Minis­tère de l’Education a commencé depuis les années 70 à envoyer des étudiants en France pour étudier la langue française dans des Universités de grande renom­mée. Ceux-ci ont constitué un noyau pour l’apprentissage du français dans le secondaire, comme deuxième langue étrangère après l’anglais. Depuis 2010, le français est enseigné dans le premier cy­cle de l’enseignement primaire, d’abord pendant une phase pilote, pour atteindre ensuite 60% des écoles de l’enseignement primaire, dans l’objectif d’être généralisé et atteindre toutes les écoles.

Quels sont les défis à relever ?

Le principal défi auquel le Ministère de l’Education se trouve confronté est de ga­rantir la continuité dans la réalisation des meilleurs résultats aux niveaux national, régional et international. Le deuxième défi à relever est celui d’être en mesure de suivre le rythme de l’évolution dans la révolution scientifique et technologique. Quant au troisième défi, c’est de pouvoir garantir la continuité du financement de l’éducation dont les coûts augmentent tous les ans. Les autorités demeurent évi­demment attachées à garantir l’enseigne­ment gratuit pour tous.

Quels sont les grands chantiers que vous souhaitez mettre en œuvre ?

Les 3 principaux chantiers mis en œuvre par le Ministère de l’Éducation sont : le développement des programmes de l’enseignement et leur révision régulière afin de suivre les progrès éducatifs et techno­logiques; le chantier de la citoyenneté : l’enseignement est censé contribuer à la culture de la citoyenneté et affirmer l’unité nationale, sur les bases du rassem­blement et, enfin, la nécessité de garantir la qualité de l’enseignement afin que les Bahreïnis puissent être compétitifs dans le domaine de l’éducation.

Quel message souhaitez-vous transmettre ?

J’aurais plusieurs messages à trans­mettre, mais le plus important consiste à souligner que l’éducation forge l’avenir des pays et que le développement des so­ciétés est souvent étroitement lié à l’édification de l’être humain et son ouverture au monde actuel. Le citoyen Bahreïni représente la ressource la plus précieuse pour le Royaume et, de ce fait, l’investis­sement dans l’éducation est prioritaire, car il contribue au développement des capacités des citoyens.

Propos recueillis par Marina Yaloyan