par Tristan de Witte

Président de Rivalen
Président du Réseau Excellence
(Label Entreprise du Patrimoine Vivant)

Vingt ans pour les EPV !
Désormais placé sous le Haut Patronage de la Présidence de la République, il n’a jamais été autant dans son temps et vit une actualité débordante. Il devrait prendre toute sa place dans les années à venir auprès du grand public, grâce à l’assurance qu’il apporte sur la qualité des objets et des services des EPV et l’ancrage territorial fort de ces entreprises, souvent familiales et centenaires.

Il apporte aussi une grande confiance dans notre capacité de reconquête artisanale et industrielle, parce que ces entreprises ont toujours su, à travers les décennies et parfois les siècles, s’adapter aux enjeux de leurs temps.

La reconnaissance par l’Etat d’un savoir-faire manufacturier d’excellence est née en 2005. À côté de la distinction qui reconnaît l’excellence individuelle dans la pratique d’un métier, comme celle de « Meilleur Ouvrier de France » ou de « Maître Artisan », le label EPV est venu distinguer l’ensemble des collaborateurs d’une entreprise, dans la réalisation collective de leur métier d’excellence. Le Réseau Excellence est l’association créée en même temps que le label pour fédérer ces entreprises, tracer une dynamique de croissance collective et faire rayonner le label à travers le monde.

Après un audit de certification, effectué par un organisme indépendant, veillant au strict respect des critères du label, qui sont fixés par décret et sous réserve d’un avis favorable d’un groupe d’experts rassemblant tous les corps de métiers, le label est décerné pour une durée de 5 ans.

Ce sont aujourd’hui 1 400 entreprises qui sont labellisées. Elles représentent 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires et sont réparties dans huit grands secteurs, comme le Patrimoine Bâti, la Mode, la Gastronomie ou les Arts de la Table. Ces entreprises sont, le plus souvent, orientées à l’export. Mêlant savoir-faire, design et savoir-être, elles sont le fer de lance du rayonnement culturel de la France à l’étranger. Elles sont la “French Touch”

L’excellence de ces usines, de ces ateliers, des ces établissements, constitue un socle solide pour la reconquête de marchés dont nous avons laissé glisser la fabrication à l’étranger. La maîtrise des savoir-faire que ces entreprises ont maintenus et perfectionnés, génération après génération, pour répondre en permanence aux plus hautes exigences de qualité, permet d’envisager sereinement le redéploiement de nombreuses filières et pas seulement dans le luxe. 

Le Président des EPV, au cours d’une allocution, au Sénat, lors de la remise d’un Prix du Comité de France.

Consommer local et de qualité revitalise, en réalité, l’ensemble de nos territoires. Nos emplois reprennent de la valeur. Notre économie devient plus forte et plus soutenable. Nous réindustrialisons notre pays, dans le meilleur sens du terme. Citons, pour s’en convaincre, par exemple, une étude récente du cabinet Utopie, précurseur de la mesure d’impact sociétal, réalisée pour un groupe de fabricants français de luminaires. La rentabilité pour la collectivité d’une fabrication locale est édifiante. Avec un chiffre d’affaires d’un million d’euros, 12 emplois sont soutenus dans nos territoires si les luminaires sont fabriqués en France et seulement 3 emplois si les luminaires sont importés. L’effet de levier sur notre économie et notre souveraineté est immense avec tout son corollaire vertueux sur notre système social.

Nous devons investir dans nos entreprises artisanales et industrielles et à plus forte raison les Entreprises du Patrimoine Vivant dont l’excellence des savoir-faire permet d’espérer un redéploiement de l’emploi dans les territoires avec une forte rentabilité de l’investissement public. La conjoncture joue contre nous depuis la sortie de crise sanitaire de 2020-21 et nos efforts structurels sont bien trop faibles. Il est urgent de nous mobiliser avec force pour inverser cette tendance mortifère d’un pays que nous avons cru pouvoir faire prospérer sur un modèle fabless.

Il est en ce sens absolument crucial de pérenniser le budget de l’État alloué à l’instruction des dossiers de candidatures et à la communication du label EPV. Il est tout aussi stratégique de soutenir le Réseau Excellence porté à ce jour uniquement par les financements privés apportés par les EPV elles-mêmes tant elles sont convaincues du bien fondé de construire ensemble une croissance pérenne et durable de notre Nation. Le budget alloué par l’État est bien peu de chose rapporté à la lumière projetée sur ces belles entreprises. Cette lumière fortifie la confiance des clients et donneurs d’ordre à travers le monde grâce au sceau de l’État qui identifie par le label les meilleures entreprises de chaque métier en France.

La passion de l’excellence que partagent les EPV est, également, très enthousiasmante. Le Réseau Excellence qui grandit de jour en jour permet de créer des espaces de partage, de co-construction, de co-création entre les métiers. L’ADN commun de ces entreprises leur permet d’envisager des alliances, en toute confiance. Ici, elles parlent collectif, intérêt commun et dynamique.

Si comme l’écrivait Antoine de Saint-Exupéry, “la grandeur d’un métier est avant tout d’unir les hommes ; il n’est qu’un luxe véritable et c’est celui des relations humaines”, le mariage de l’excellence des savoir-faire avec les métiers de la création ouvre d’immenses potentiels. C’est cette alchimie qu’opèrent les EPV. Chacune dans son domaine. Et toutes, ensemble.