Débat actuel sur la fin de vie…

Président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Le débat sur la légalisation de l’aide active à mourir qui occupe le Parlement aujourd’hui n’oppose pas les anciens aux modernes, les jeunes aux vieux, les sachants aux patients. Il n’oppose pas plus les croyants aux athées ou aux agnostiques, qu’il n’oppose le bien au mal. Le débat qui mobilise les députés et les sénateurs, ainsi que tous les observateurs, ne pose pas le débat en des termes aussi simplistes. Non…
Le débat actuel sur la fin de vie – que tant de pays démocratiques ont déjà tranché grâce à des lois de liberté – oppose ceux qui ont foi en l’être humain, en sa capacité à décider pour lui-même, à ceux qui pensent que les femmes et les hommes sont des sujets, parfois des objets, qui doivent suivre la voie tracée pour eux par une prétendue élite. Car c’est bien cela dont il s’agit en vérité, le débat sur la fin de vie est une question de pouvoir qu’une caste souhaite maintenir sur l’ensemble des citoyens d’une société.
Aujourd’hui, alors que les Français sont très majoritairement favorables à l’aide active à mourir, deux groupes principaux s’opposent à la liberté de chacun de décider pour lui-même, dès lors que la médecine s’est déclarée impuissante à le guérir de sa maladie et que le temps qui reste, fait de souffrances, ressemble trop souvent à de la survie.
Le premier groupe est formé par certains médecins, trop sûrs d’eux-mêmes, qui se drapent dans un serment d’Hippocrate, qui n’est pourtant qu’un texte symbolique, maintes fois réécrit et adapté aux différentes lois de bioéthique votées en République, pour refuser tour à tour la contraception, l’avortement puis, aujourd’hui, l’aide à mourir. Il n’y a rien que déteste plus cette sorte de médecins, pour lesquels la mort du patient est un échec alors qu’elle n’est que la suite logique et inévitable de la vie, qu’un patient qui a un avis sur sa propre maladie, sur ce qu’il est capable d’endurer, sur les limites qu’il se fixe. Ce sont ceux-là même, sans doute, à qui le professeur Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique, reprochait « une certaine surdité ». À l’hôpital, pour certains médecins encore, le patient est un objet que l’on trimballe sur un chariot, et dont l’intelligence est forcément altérée par la fatigue, la maladie, l’âge, dans l’ignorance qu’il parle à un sachant. L’idée même que ce patient puisse contester leur autorité est inconcevable pour eux. À quoi cela servirait-il de faire quinze années d’études si c’est pour devoir répondre aux souhaits d’un malade ? Ces médecins refusent la démocratie sanitaire, et ils sont certainement sincères lorsqu’ils affirment ne jamais recevoir de demande d’aide active à mourir : à quoi bon lutter pour réclamer une libération quand tout, dans le médecin devant vous, vous dissuade de demander votre liberté en fin de vie.

Le second groupe est celui des religieux. Et c’est au nom d’un dieu que cette caste s’est toujours opposée à la liberté des individus. Si « Dieu est amour », les hommes de Dieu – jamais les femmes – nous oppressent pourtant. Le corps, le sexe, l’amour, la liberté, la danse, l’éducation parfois… tout est sujet à interdits, rien n’est laissé à la libre appréciation de la femme et de l’homme. Pourtant, aimer quelqu’un, c’est croire en lui et en la justesse de ses décisions. (…) Et c’est ainsi, au nom d’un dieu qui serait amour, que l’on promet l’enfer à celui qui se détourne du chemin que les religieux voudraient le voir suivre. Aujourd’hui, celui qui voudrait mettre un terme à sa vie dans le cadre républicain d’une loi votée par le Parlement, est promis au pire. Mais le pire n’est-il pas de ne pas être entendu dans une demande légitime ?
Alors oui, mesdames et messieurs les Parlementaires. Le débat sur l’aide active à mourir ne peut être posé qu’en ces termes. À qui appartient notre vie ? Qui doit décider de notre propre destinée ? Qui peut choisir ce qui nous convient le mieux ?
À ceux qui ne répondront pas « Nous ! », je dis ceci. La loi relative au droit à l’aide à mourir débattue actuellement au Parlement, adoptée en première lecture par l’Assemblée le 27 mai dernier, permettra à ceux qui le souhaitent d’abréger une vie qui n’en est plus une, de mettre fin à une lente agonie, de faire enfin taire les souffrances. Elle permettra aussi aux autres, à ceux qui croient en la toute puissance médicale ou à un être supérieur qui déciderait du destin de chacune de ses ouailles, d’aller au bout de leur histoire, y compris dans les douleurs les plus terribles car elles seraient rédemptrices.
Comme notre corps nous appartient, la mort nous appartient et nul de peut nous en déposséder, fusse avec les meilleurs intentions du monde. Les Françaises et les Français ont le droit de choisir ce qui leur convient, qu’il s’agisse de contraception, d’avortement, de divorce, de mariage ou, bien sûr, de fin de vie.
Les Françaises et les Français vous regardent. Ils sont prêts. Légiférez en faveur du droit de mourir dans la dignité, comme près de 90% d’entre eux vous le demandent.
