Élysée, élisez moi…

Paul Deschanel,
Président de la République.
Felix Faure,
Président de la République.
Gaston Doumergue,
Président de la République.
René Coty,
Président de la République.
Beaucoup se sont étonnés de la réaction épidermique du Président Emmanuel Macron qui a surpris tout le monde, à commencer par son Gouvernement et ses Parlementaires dont beaucoup en sont restés bouche bée.
À l’évidence, il s’agit d’une longue tradition qui, au fil des siècles, a toujours donné la part belle au locataire de l’Elysée…

Si la première République n’eut pas de Président et se transforma en Empire, la Seconde n’a pas craint d’élire un ancien condamné à perpétuité (preuve s’il en était qu’un séjour derrière les barreaux n’interdit pas l’espoir d’accéder à la magistrature suprême !), qui n’était autre que Louis Napoléon Bonaparte – condamné rappelons-le pour avoir tenté de renverser Louis-Philippe – et qui s’évada déguisé… en maçon !

Sous la IIIème République, Paul Deschanel tomba d’un train au milieu de la nuit en pyjama et eut quelques difficultés pour convaincre le chef de gare qu’il était bien le Président de la République. Il fut amicalement contraint à la démission lorsqu’au milieu d’un Conseil des Ministres il tenta de grimper aux rideaux, qu’il se mit à vouloir pousser les dames dans le bassin de l’Élysée et à bombarder ses invités de marrons.

Félix Faure, lui, qui rendit l’âme au cours d’ébats avec sa maîtresse (ce qui fit sourire, mais ne causa pas l’émoi judiciaire dont fut victime Clinton) gêna pourtant considérablement le service du protocole, contraint de faire venir un curé pour lui administrer les derniers sacrements.
À la question de l’homme d’Église « le Président a-t-il toujours sa connaissance ? », il lui fut répondu, le plus sérieusement du monde : « Non, elle est descendue par l’escalier de service » !

Déjà Président du Conseil au moment de l’assassinat de Sadi Carnot, Charles Dupuy, lointain prédécesseur de Yaël Braun-Pivet ne put retenir son exclamation : « Nom de Dieu, c’est le second qui me claque dans la main ! »

On ne retint pas grand chose du mandat de Gaston Doumergue. On sait cependant qu’il clôtura son dernier Conseil des Ministres par un « ouf ! » retentissant, qui ne manqua pas de surprendre tout le monde.

Plus près de nous, Madame Auriol répondait le soir au téléphone (il n’y avait pas de standard en dehors des heures de bureau à l’Élysée) et René Coty, élu en Congrès à Versailles, ne le fut qu’à l’issue du treizième tour de vote, cauchemar que même dans leurs nuits les plus agitées, Mélenchon et Marine Le Pen ne font que très rarement.

Avec Clemenceau, qui avait eu à lutter contre Deschanel, on eut pour la première (et seule) fois de l’histoire de la République un « vrai-faux candidat », summum de l’art de la communication, dont s’inspirera, à n’en pas douter, Jacques Séguéla, lorsqu’il convainquit François Mitterrand de différer au maximum sa décision pour un second mandat. Une posture qui consiste à… ne rien faire du tout ! Lorsqu’on lui demande s’il va poser sa candidature, la réponse de Clemenceau est claire : « je m’en fous ! »
Le lendemain, les journaux publient cet étonnant billet, que même les adeptes de la Génération Mitterrand n’auraient osé faire paraître dans Globe : « Monsieur Clemenceau a autorisé ses amis à poser sa candidature à la Présidence de la République ». Mais sentant que la victoire lui échappait, une note est adressée à Léon Bourgeois, qui préside le Congrès réuni à Versailles :
« J’ai l’honneur de vous informer que je retire à mes amis l’autorisation de poser ma candidature à la Présidence de la République ». Et de poursuivre avec cette formule digne du Cyrano d’Edmond Rostand : « S’ils essayaient de passer outre et obtenaient pour moi la majorité des voix, je refuserai le mandat ainsi conféré ».
Il ne manqua pas d’ailleurs d’ajouter par la suite, que « la prostate et le Président de la République » étaient tout à fait inutiles.

Le très discret Président Fallière, lui, lorsqu’il prendra possession de la Présidence de la République des mains d’Émile Loubet ne sachant trop quoi dire, ne pu taire ce cri du cœur : « On est en prison n’est-ce pas à l’Élysée ?« 
Il dut subir un « attentat » pas comme les autres, puisqu’un jour, voulant lui donner un avertissement, un individu tenta de lui « tirer la barbe ». Le dangereux anarchiste n’en récolta pas moins… quatre ans de prison !

Le premier à donner un peu de lustre à l’Élysée, alors particulièrement inconfortable, est l’homme fort de la troisième République, Poincaré – Il a les poings carrés, disaient les chansonniers – qui troque les cheminées pour un calorifère et met partout de l’électricité, y compris dans son bureau éclairé par des lampes à pétrole. Millerand, lui, changera l’attelage par… une voiture automobile, il y a moins de 80 ans !

Mais pour en revenir au Président Poincaré, que dire de l’épisode, sans nul doute le plus extravagant, qui se déroula dans les jardins de l’Elysée, où un orang-outang, échappé d’un cirque, tenta d’enlever la femme du Président !
Ce dernier se mit à courir dans le parc pour tenter de rattraper le singe, bientôt suivi par les membres de son Cabinet puis par ses invités en smoking et robes longues, sans que personne ne comprit cette accélération fort peu protocolaire et cette frénésie de course à pied qui semblait avoir brutalement saisi le Chef de l’État.

Plus près de nous, les galipettes sur le gazon d’influenceurs invités par Emmanuel Macron semblent un peu fades et les soutiens de #MeToo ne sont finalement jamais allés aussi loin qu’Yvette Roudy, Ministre de la Condition féminine lorsqu’elle ne craignait pas d’affirmer : « Je suis pour l’égalité des sexes et s’il le faut, je prendrai des mesures ».
Au Chef comme à l’artiste, écrivait le Général, il faut le don façonné par le métier…
Une chose est sûre, comme le remarquait le Président Fallières :  » la place est bonne, malheureusement il n’y a pas d’avancement ! « .