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Redonner du sens à nos institutions

par François Bayrou, Président de l’UDF

François Bayrou, Président de l’UDF
La démocratie française est malade. Depuis des années, nos concitoyens se sont progressivement éloignés de la chose publique. Ils se désintéressent de débats qu’ils jugent vains, se réfugient dans l’abstention, en un mot ils ne croient plus à la capacité de leurs représentants à répondre à leurs attentes comme à leur proposer un nouveau destin.
Le mal provient essentiellement de l’opacité dans laquelle ils se trouvent. À ne plus bien savoir qui fait quoi ils en viennent à penser que personne ne fait rien. Tous les échelons institutionnels sont concernés. Au sommet de l’État, la cohabitation a joué un rôle dramatiquement pernicieux dans cette incompréhension. Le Parlement enregistre plus qu’il ne vote, il entérine plus qu’il ne contrôle. Dans nos collectivités locales, l’empilement successif des échelons a dilué toute responsabilité et tout identification des dirigeants. Je n’évoque l’Union européenne que pour mémoire, tellement elle paraît lointaine et inaccessible.
Pour les institutions européennes, nationales et locales, il faut une relève. Et le maître mot de la relève, c’est la diffusion de la responsabilité à tous les échelons de la société française.

Responsabilité du Président de la République. Il est le seul personnage élu au suffrage universel de toute la nation.
Parce qu’il répond de la République, comme le disait le général de Gaulle en présentant la réforme de 1962, il doit avoir les moyens de porter ces responsabilités suprêmes. Et bien, qu’il gouverne ! Et qu’il réponde de ce qui se passe en France !

Responsabilité du Parlement. Elle doit être concomitante à la revalorisation de la fonction présidentielle. Que les élus siègent vraiment au Parlement, qu’ils votent effectivement la loi et qu’ils contrôlent réellement l’action du gouvernement ! Pour cela, je préconise l’introduction d’une dose proportionnelle dans l’élection des députés, qui réduira la logique du bloc contre bloc qui prévaut actuellement et l’attribution de véritables moyens d’expertise et de contrôle qui puissent affranchir les parlementaires des seuls informations octroyées par l’administration d’État.

Responsabilité des pouvoirs locaux. Loin d’être un simple pouvoir périphérique, les collectivités territoriales sont constitutives d’un pouvoir local indéniable mais souvent enlisé dans des contingences réglementaires, financières ou humaines. Tout en maintenant l’identité locale, vecteur du creuset républicain, il s’agit d’opérer une grille de lecture simplifiée de notre organisation territoriale et d’entrevoir les communes, les départements et les régions sous l’angle de la fédération. Ainsi les communes pourraient être fédérées en intercommunalités auxquelles sont attribuées des missions de proximité tandis que les départements fédérés en régions, auraient à charge l’aménagement du territoire. Enfin la constitutionnalisation du principe de subsidiarité, selon lequel le niveau décisionnel supérieur ne sera saisi que si l’échelon précédent ne peut agir, permettra à l’espace public local de répondre directement aux attentes de nos concitoyens.

Responsabilité du citoyen, enfin. Que les citoyens disposent de l’information nécessaire à la formation de leur jugement, à travers la création d’une autorité indépendante chargée du recensement et de la diffusion des données importantes, comme les vrais chiffres de la délinquance ou les vrais chiffres de l’emploi, et qu’ils tranchent en toute connaissance de cause, s’il le faut par référendum sur les grands sujets d’intérêt national.
La relève ne veut pas changer les hommes au pouvoir, elle veut changer la pouvoir tel qu’il s’exerce en France depuis tant d’années, cette cause première de l’impuissance publique et du mal français.

François Bayrou