
Un bistrot parisien aux accents familier où tout se dit et tout se sait. Le spectateur s’y installe comme à la table d’un café qu’il fréquenterait depuis des années. Et comme souvent dans ces lieux de sociabilité éminemment français, on y parle… beaucoup ! Il n’en faut pas plus pour installer le terrain idéal aux révélations en cascade qui vont suivre. La distribution fait le reste. Les comédiens s’emparent de cet espace avec une énergie et un naturel réjouissant. La mécanique comique fonctionne parfaitement. Sous cette légèreté assumée, la pièce appuie aussi là où cela fait mal en s’engouffrant dans la sphère du secret… Le secret médical, pilier de la confiance entre patient et praticien, devient ici une sorte de métaphore sociale. Jusqu’où peut-on – ou doit-on – protéger une information ? À quel moment le devoir de discrétion se heurte-t-il au désir, très contemporain, de tout savoir ? La question n’est pas sans résonance dans un pays où la transparence est devenue un mot d’ordre quasi-institutionnel pour ne pas dire religieux. Les responsables publics le savent bien : les citoyens réclament la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, avec parfois, il faut l’avouer, un certaine impudeur, mais supportent finalement assez mal ce qu’elle révèle, car ce genre de situation dit beaucoup de nous.
Dans ce bistrot théâtral où chacun finit par découvrir que l’autre cache quelque chose, le cadre prend alors une autre dimension où les confidences, les non-dits et les arrangements avec la réalité finissent toujours tôt ou tard par se frayer un chemin dans les sphères grises de la morale contemporaine. Cela dit, entre droit de savoir et devoir de se taire, rien de lourd ni de démonstratif, heureusement, car la pièce préfère l’ironie à la leçon et se contente en effet de tendre un miroir amusé à nos contradictions collectives dans un monde où l’information circule sans cesse, où la vérité semble fragmentée et où parfois certains silences sont aussi lourds de conséquences qu’une révélation…
Le public rit, sans doute parce qu’il reconnaît, derrière les personnages et leurs petits secrets, un réflexe bien connu : celui des sociétés qui exigent la transparence, tout en cultivant habilement leurs propres zones d’ombre.
Le secret médical, on l’aura compris, n’est donc ici qu’un symbole, car cette comédie, parfaitement menée, réussit un tour assez rare : divertir franchement tout en chatouillant, au passage, quelques nerfs sensibles de notre drôle d’époque.
Au fond, la pièce, dont il y a lieu de saluer les auteurs, rappelle une chose simple que les habitués des Hémicycles comme des comptoirs savent depuis bien longtemps : entre ce que l’on dit, ce que l’on tait et ce que l’on finit par apprendre, il y a toujours une part de théâtre. D’ailleurs, Jules Renard ne disait-il pas : « c’est toujours au théâtre que l’on est responsable de ses actes » ?


| Informations : Théâtre Saint-Georges – 51, rue Saint-Georges – 75009 Paris. Tel : 01 48 78 63 47 Mise en scène Philippe Lelièvre (assisté d’Axelle Masliah). Avec : Michel Cymes, Philippe Dusseau, Jean Pierre Malignon, Clémence Thioly, Philippe Vieux https://theatre-saint-georges.com/secret-medical/ |